lundi 7 septembre 2009

CHANGEMENT D'ADRESSE

ATTENTION,

CHIEN CREOLE CHANGE D'ADRESSE, RETROUVEZ LE DESORMAIS A L'ADRESSE SUIVANTE : www.chien-creole2.blogspot.com

Mettez-le de suite dans vos favoris :)

mardi 25 août 2009

Du LKP a l'USTKE, de la Martinique a la Polynesie...


REVOLTES ULTRAMARINES ET CYCLONE SOCIAL

1. L´emprisonnement de Gérard Jodar (1)
Les mois de juillet et août ont été très chaud en Nouvelle-Calédonie. Tout est parti d´une banale histoire de licenciement qui pourrait presque prêter à sourire : une employée de la compagnie aérienne Aircal découvrant que son père avait voyagé avec sa maîtresse sur un vol Aircal, en a fait part a sa mère, violant le secret professionnel auquel elle était tenue. Le syndicat auquel la jeune femme renvoyée est affiliée a alors demandé sa réintegration, mais le directeur s´est catégoriquement opposé à toute négociation. Face à ce refus de dialoguer, le syndicat en question, l´USTKE a déclenché une grève qui n´a pas obtenu plus de resultats. Il a alors choisi d´occuper pacifiquement l´aéroport de Noumea pour dénoncer l´absence de dialogue social et l´enlisement du conflit. La reponse des autorités à cette action a été la répression violente. Face a la la brutalité des forces dites de l´ordre, une poignée de manifestants a reussi à se réfugier dans un avion qui était ouvert, pour echapper aux coups. C´est ce reflexe qui a conduit la cour d´appel de Noumea à condamner lourdement sept syndicalistes, dont le president de l´USTKE, Gérard Jodar. Ce dernier a ecoppé d´un an de prison ferme pour “entrave a la circulation d´un aeronef” !

Gérard Jodar, ah mais non, pardon, ça s´est Alex Lollia, figure du LKP (ou plutôt opposant au LKP ? On s´y perd) Toujours est-il que le T-shirt ne fait pas le moine !

2. Faire taire l´USTKE
La lourdeur de la peine au regard de la futilité de l´infraction ne peut que prêter à conjectures et nombreux sont ceux qui considèrent Jodar comme un prisonnier politique, incarcéré plus pour l´expression de ses idées que pour un acte, finalement d´une portée dérisoire et non prémédité. L´USTKE par la voie d´un communiqué de presse publié sur son site le 18 août, s´insurge contre la criminalisation du mouvement syndical par “l´Etat sarkozien” et dénonce “une stratégie de l´Etat relayée dans ses positionnements par la fraction ultra-libérale du patronat calédonien et d´une manière generale de la droite locale pour qui l´USTKE et sa branche politique, le Parti Travailliste, sont devenues une menace persistante, susceptible de contrarier leurs projets d´enrichissements colossaux, au détriment d´un développement économique durable.”

Ah voilà le vrai Gérard Jodar, président de l´USTKE. Et mais attendez, il est blanc ?! Ben mince alors, ça va pas faciliter la propagande gouvernementale pour présenter à l´opinion publique son syndicat indépendantiste comme un mouvement raciste... Ça c´est pas gentil, ça va obliger Frédéric Lefebvre, porte-parole du gouvernement à se creuser les méninges pour le discréditer et le trainer dans la boue autrement. Ne riez pas, ce n´est pas simple quand on n´a pas l´habitude de réfléchir. (source : AFP Marc Le Chelard pour Liberation)

3. Solidarité

L´USTKE qui se revendique independantiste et altermondialiste a reçu notamment le soutien appuyé de José Bové qui entretient avec ce syndicat une relation étroite depuis de nombreuses années, du NPA, du LKP bien sûr, mais aussi de la CGT nationale qui considère, dans un communiqué de presse datant également du 18 août, que “ces condamnations sont injustifiables. Elles sont un déni de démocratie, un abus de pouvoir doublé de mepris à relent colonialiste. Elles s´inscrivent dans le contexte néocolonial qui est celui de ce territoire où le MEDEF local et les représentants de l´Etat français agissent de connivence pour tenter de réprimer le premier syndicat de l´archipel.” Le communiqué se poursuit en ces termes : “La CGT met solennellement en garde le gouvernement : en favorisant la répression, les autorités françaises prennent la responsabilité de créer les conditions d´une nouvelle période de troubles sur ce territoire. Au contraire, tout doit être mis en oeuvre pour rétablir les libertés syndicales sur l´île et favoriser le dialogue nécessaire entre toutes les composantes de la société civile.”

4. A feu et à sang
En réponse à l´arrestation de son leader, l´USTKE a appelé à la grève générale. Commencée le 27 juillet, celle-ci a degeneré quand la police a tenté de déloger par la violence les barrages erigés par les manifestants. Ceux-ci ont tenté de resister et s´en sont suivis des affrontements très durs. Les jeunes kanaks defavorisés, jusqu´à ce stade étrangers au conflit social, ont alors laissé exploser leur colère et pendant plusieurs jours, des émeutes ont secoué l´archipel : voitures brûlées, magasins pillés, etc. La police a essuyé des coups de feu et une trentaine de gendarmes a été blessée la plupart par divers projectiles (contre cinq blessés côté manifestants selon les chiffres officiels). Le calme est revenu momentanément aux alentours du 6 août, quand un protocole d´accord a enfin été trouvé avec Aircal, incluant le payement des jours de grève. Néanmoins, Gerard Jodar et ses compagnons demeurent derrière les barreaux.

5. LKP et USTKE dans la ligne de mire du gouvernement
Les similitudes avec ce qui s´est passé en Guadeloupe au cours des 44 jours de grève générale sont frappantes même si l´ampleur du mouvement initié par le LKP est sans commune mesure avec les événemets d´août en Kanaky : le pourrissement d´un conflit social avec un refus de dialogue de la part du patronat, une collusion entre les intérêts de l´Etat et des grands patrons, une répression violente des syndicalistes pacifistes et desarmés quand le conflit social deborde sur l´espace public, l´embrasement d´une jeunesse marginalisée, sans avenir qui repond à la violence institutionnelle par une violence desordonnée et incontrôlée, la criminalisation de l´action syndicale. C´est pas à pas le schema qu´a suivi la Guadeloupe en février et cela démontre de facon inquiétante que le gouvernement n´a retenu aucune leçon de ce qui s´est passé aux Antilles et est toujours aussi disposé à jouer avec le feu. Au lieu d´accompagner les demandes sociales et de tenter d´y apporter des réponses, le gouvernement de Nicolas Sarkozy, comme à son habitude, fait le choix du tout repressif (on en a encore eu l´illustration à Montreuil où un jeune homme a perdu un oeil suite à des violences policières injustifiées et injustifiables :
http://www.rue89.com/2009/07/12/a-montreuil-la-police-vise-les-manifestants-a-la-tete ).

6. L´oeil du cyclone et les périphéries
Malgré des coups d´éclats sporadiques, la France metropolitaine, tel l´oeil du cyclone, est jusqu´a présent demeurée relativement calme en dépit des milliers de licenciements quotidiens et des mesures qui visent a faire payer aux déjà victimes de la crise, ses conséquences (selon le principe desormais bien connu de la privatisation des profits mais de la mutualisation des pertes). Après les banlieues, ce sont les péripheries ultra-marines qui se rebellent les unes après les autres et pourraient bien finir par contagier un hexagone jusqu´à présent muselé par des directions syndicales bien serviles vis-à-vis du gouvernement. Après l´embrasement de la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie Francaise vient d´entrer en grève générale le 17 août pour demander l´arrêt des licenciements économiques et pour exiger des mesures contre la vie chère. En Martinique, la grande majorité des stations services sont à nouveau en grève pour exiger le respect des promesses faites par l´Etat et les patrons en guise d´accord de fin de conflit début mars. Si cette action, tel un coup de semonce, a des chances de paralyser l´île soeur, reprendre le mouvement en ordre dispersé, sans les autres composantes du Collectif du 5 février est certainement une erreur que le gouvernement ne manquera pas d´exploiter. Plus que jamais, l´union de tous les secteurs progressistes de la société est seule à même de déjouer les sombres desseins de l´appareil répressif et capable de faire triompher les légitimes revendications qui ont vu le jour ici et là.

7. Rentrée sociale en Guadeloupe

Maintenant, reste à connaitre quelle sera la suite que les Guadeloupéens donneront en septembre à leur mouvement. Peuvent-ils décemment courber l’échine, baisser les bras en plein combat alors que rien n’est résolu, que les promesses qui ont justifié la suspension (et non la fin) de la grève générale ont été bafouées. La victoire est à portée de main à condition de rester unis et déterminés. Il me parait difficile que l’on puisse continuer à fonctionner comme si les 44 jours de fierté et de dignité retrouvées n’avait pas existés. En tout cas, l’auteur de Chien Créole, qui n’a toujours pas été muté de force à Roubaix, est prêt à écrire cette nouvelle page d’histoire de la Guadeloupe sur son site et vous donne rendez-vous en septembre pour la rentrée sociale.

FRédéric Gircour (chien.creole@gmail.com)

(1) Gerard Jodar se presente lui meme comme "un militant qui se bat pour plus de justice sociale, pour une juste et effective répartition des richesses, pour le rééquilibrage en faveur du peuple kanak, pour la construction d’un pays multiculturel dans le cadre d’une communauté de destin" (source : http://www.liberation.fr/politiques/0101585626-en-nouvelle-caledonie-nous-sommes-toujours-dans-une-colonie)

samedi 15 août 2009

Mes photos d'Haiti

SUIVEZ-MOI PAS A PAS

C'est ce que je vous propose a travers plusieurs series de cliches que je publie regulierement depuis Haiti, des que je trouve un acces a internet : www.picasaweb.google.com/chien-creole

Decouvrez avec moi un pays vraiment etonnant et d'une beaute qui ne peut laisser indifferent.

vendredi 7 août 2009

Se faciliter la vie


LE NAVIGATEUR COMPATIBLE AVEC CHIEN CREOLE


Petit rappel : Chien Créole ne s’ouvre correctement qu’avec Mozilla Firefox (plus performant qu’Explorer ; logiciel libre contrairement à celui de Microsoft). En plus il y a beaucoup moins de virus qui circulent sur Firefox ! Sur ce site vous pourrez en toute sécurité télécharger Mozilla Firefox 3.5.2 : http://www.frenchmozilla.fr/ Ca prend 5 mn. Bonne navigation !


FG

PS : C'est un logiciel libre et gratuit, je n'ai donc aucun interet particulier a leur faire de la pub.

Sainte Rose, 2eme partie


Même en vadrouille, Chien Créole garde la dent dure, pardon, le croc !


LE SCANDALE DE LA DECHARGE DE SAINTE ROSE

LE CONSEIL GENERAL EN QUESTION


Les décharges illégales que comptait la Guadeloupe ne semblaient pas poser de problème particulier à nos élus, pas plus que les ravages qu’elles occasionnaient à l’environnement jusqu’a ce qu’en 2006, l’Union Européenne ne condamne la France à payer une très forte amende pour ses graves manquements écologiques. Quand l’Etat a tapé du poing sur la table et demandé aux élus de régler ça dans les plus brefs délais, ceux-ci ont choisi la solution de facilité : sacrifier le terrain foncier du site de l’Espérance à Sainte Rose (voir la première partie : http://chien-creole.blogspot.com/2009/05/episode-1.html).



1. Enfin le tri selectif ?


Frédéric Clet, directeur du traitement pour Sita Suez, l’entreprise qui va gérer la décharge, interrogé par Chien Créole se veut rassurant : « Sita compte présenter à la population un projet de Tri-Mécano-Biologique (TMB) qui serait financé par les fonds européens FEDER. Des conteneurs pour le verre, le carton, le métal et le plastique seraient installés pour chaque 50 maisons des communes du Nord Basse-Terre (Deshaie, Lamentin et Sainte-Rose) et une collecte serait régulièrement organisée devant les domiciles.


Frédéric Clet, directeur de traitement chez Sita Suez (photo FG)


Ce projet, qui a de bonnes chances d’aboutir est intéressant puisque la décharge de Sainte Rose n’est censée être prévue que pour les déchets ultimes, autrement dit non recyclables. C’est très bien qu’une multinationale ait ce souci mais là encore, cette préoccupation n’aurait-elle pas du être celle de nos élus et ce depuis longtemps ? Qui plus est, cette mesure ne devrait-elle pas être étendue à toute la Guadeloupe, puisque, rappelons-le, à la fermeture du site illégal de la Gabarre, en 2013 et en attendant que d’autres décharges légales voient le jour, tous les déchets de la Guadeloupe, y-compris ceux de Marie-Galante et des Saintes atterriront à Sainte-Rose ?



2. Des annonces rassurantes


Concernant ces déchets venant des iles du sud, Frederic Clet est formel, ils ne traverseront pas le Grand Cul-de-Sac marin mais seront débarqués à Jarry puis acheminés par camion. A ce propos, quand Max Babianny de l’association Espérance Environnement parle de 400 aller-et-retours de camions par jour, Clet, lui, en évoque tout au plus 75. La vérité est sans doute entre les deux. Il ajoute que SITA fera effectuer deux fois plus d’enquêtes que le ministère ne l’exige, sur la qualité des eaux (y-compris souterraines), de l’air, de la faune et de la flore. Il n’empêche, était-ce vraiment inévitable de placer cet immense déversoir d’ordures a ciel ouvert dans un site écologiquement aussi sensible ?


Quant au méthane produit par la fermentation des déchets, il sera capté et viendra alimenter un moteur thermique, qui tout en purifiant le gaz à 900 degrés, produira de l’électricité. Enfin, des membranes sont censées empêcher que la terre ne soit contaminée même si l’association Esperance Environnement s’inquiète du fait qu’on ne sait pas comment la matière dont elles sont composées réagira sous un climat tropical...



3. Quand Conseil Général rime vraiment avec scandale.


Si nul ne conteste la nécessité d’une décharge légale et respectant un certain nombre de critères environnementaux, c’est le choix de l’endroit qui lui est assigné qui soulève l’indignation de la population. Alors que la pollution au chlordécone (1) empoisonne littéralement la Guadeloupe et a contaminé une grande partie des terres agricoles pour des siècles et pourraient donc parfaitement recevoir les ordures de la Guadeloupe ; alors que dans le même temps beaucoup s’alarment du fait que l’immobilier réduise chaque fois plus la part de ces terres agricoles ; le conseil général n’a pas trouvé mieux que de louer a Sita Suez, 65 hectares d’une excellente terre agricole, sur un site magnifique et au-dessus de l’incroyable réserve naturelle que constitue le Grand Cul-de-sac marin !


Une décharge juste au-dessus du grand cul-de-sac marin (photo FG)

Notons au passage l’extraordinaire générosité du Conseil Général et de M. Ferdy Louisy qui gère ce dossier avec un enthousiasme exceptionnel, puisque la multinationale Sita Suez ne versera selon le bail que 25 000 euros par an. Pour 65 hectares, c’est ce qu’on appelle une excellentissime affaire ! Or on sait, notamment depuis les problèmes en Sicile, que le traitement des déchets est extrêmement rentable, au point d’ailleurs que les mafias commencent à s’en emparer. L’association Esperance Environnement estime que le traitement des tonnes de déchets déversées dans le ventre de la terre devrait générer au bas mot, un chiffre d’affaires de 900 000 euros par an à la multinationale, sur la base (hypothèse basse) de 150 000 tonnes/an. Ce chiffre peut doubler en cas de circonstances exceptionnelles, comme la fermeture des autres sites…


D’autre part, les conditions de l’appel d’offre étaient tronquées puisque selon les membres d’Esperance Environnement, Sita Suez connaissait parfaitement le dossier depuis plus d’un an alors que l’autre entreprise en lice n’en aurait pris connaissance qu’au dernier moment ! Tous ces éléments mis les uns à coté des autres nous amènent a nous interroger sur les motivations des membres du Conseil Général, à commencer par son président sans l’aval de qui un tel projet ne pourrait avoir lieu.



4. Un déni de démocratie


Le POS, Plan d’Occupation des Sols, stipulait que le site était incompatible avec un projet d’une telle ampleur. Qu’à cela ne tienne, le préfet a requalifié le dossier en Projet d’Intérêt General, ce qui permet de modifier le POS. Dans un cas comme celui-là, la loi oblige à conduire une enquête publique. Une première enquête sur l’installation de la décharge avait suscité une véritable levée de bouclier, avec plus de 5000 signatures contre le projet. Celle sur la modification du POS, plus abstraite a tout de même débouché sur une pétition de plus de 2000 signatures. Abondant dans le sens des habitants inquiets, l’enquêtrice indépendante désignée par le tribunal administratif a remis un rapport entièrement défavorable. Qu’importe, le préfet, monsieur Brot, a pris l’arrêté une semaine après, donnant raison au Conseil Général.


40 alvéoles comme celle-là, de 5000 m² sur 17 mètres de profondeur, vont être remplies d’ordures puis ensevelies dans la terre (photo FG)


Alors quand certains poussent des cris d’offrais sous prétexte que le LKP porterait atteinte au symbole de la démocratie que représentent le Conseil Général, en en franchissant l’enceinte, je ne sais pas trop s’il y a lieu d’en sourire ou d’en pleurer. Voudrait-on nous faire croire que la légitimité des institutions viendrait uniquement du fait qu’elles sont dirigées par des personnes ayant été élues ? N’est-ce pas nécessaire de rappeler à ces gens de temps en temps que le "demo" de démocratie signifie "peuple", ce qu’ils auraient tendance à oublier au profit du seul suffixe "-cratie", qui signifie pouvoir.


De même, si les discours de Richard Yaccou, maire de Sainte-Rose, vis-à-vis de ses administrés, vont généralement à l’encontre du projet, ça n’empêche pas le conseil municipal d’entériner la quasi-totalité des décisions en faveur de la décharge, à l’unanimité ! Les Guadeloupéens sont fatigués de ce double langage.



5. Réagir avant qu’il ne soit trop tard


Le LKP a provoqué un véritable sursaut citoyen. Nous ne saurions tolérer que l’intérêt du plus grand nombre continue à être bafoué au profit d’intérêts particuliers. D’autant que cela concerne le patrimoine écologique de l’archipel. Chaque guadeloupéen est concerné, chaque citoyen un tant soi peu conscient que nous sommes responsables de l’état dans lequel nous laisserons la planète a nos enfants ! Copier et diffuser ce texte le plus largement possible. Toute personne intéressée par cette cause est invitée à se rapprocher de l’association Espérance Environnement ( contact : mpetitjeanroget@wanadoo.fr )


FRédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)


(1) Le chlordécone est un pesticide extrêmement nocif. Interdit aux Etats-Unis et en France métropolitaine, plusieurs ministres de l’agriculture, à commencer par un certain Jacques Chirac, ont signé des dérogations afin de continuer à écouler les stocks aux Antilles françaises, pendant des années. Ces mêmes Antilles comptent aujourd’hui le plus fort taux de cancers de la prostate au monde… Difficile d’y voir une coïncidence. Encore une preuve s’il en est du prix que nous payons nos "négligences" vis-à-vis de l’environnement… (à ce sujet, lire « L’île-Monde dans l’œil des pesticides » de Philippe Verdol, aux éditions Ibis Rouge).


PS : Chien Créole a contacté le bureau de M. Ferdy Louisy qui n’a pas jugé opportun de nous recontacter. Néanmoins, nos colonnes lui sont ouvertes s’il souhaite exercer un droit de réponse.



samedi 1 août 2009

Vodou haïtien, 3ème partie


SUR LES TRACES DES MYSTÈRES VODOUS EN HAÏTI (3)



1.Baudelaire, le houngan


Le houmfo, temple vodou, du houngan Samba’el, de son vrai nom Elien Isac, se trouve dans le quartier populaire de Montagne Noire, sur les hauteurs de Port-au-Prince. « Au temps de l’esclavage, c’est la forêt qu’on utilisait comme houmfo », me dit-il. Je lui récite de mémoire quelques vers de Baudelaire qui font naître sur son visage un large sourire :

« La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers. »


Charles Baudelaire

Il ne connaît pas ce Baudelaire, mais c’était sûrement un vodouisant !



2. Autour du poto-mitan


Le houmfo de Samba’el, comme tous les houmfos, se compose d’une pièce principale, appelée péristyle et d’une petite pièce adjacente.


Le peristyle de Samba’el et son poto-mitan (photo FG)

Le péristyle s’organise autour du poto-mitan, le poteau qui soutient tout le temple, sans lequel la bâtisse entière s’écroulerait. A son pied, de petites chaises forment un cercle sur lequel prennent place les hounsis, lors de cérémonies, pour entrer en communication avec les esprits, les loas, qui justement, descendent par le poto-mitan. Dans le terme hounsi, on reconnait le radical "houn" qui signifie esprit. Le suffixe féminin "–si" signifie chanterelle, qui chante. Ce sont les femmes qui servent le temple, par leurs chants, leurs danses et leurs prières, vêtues de blanc. Marie-Jeanne me précise qu’elle est à la fois mambo, c’est-a-dire prêtresse vodou et hounsi dans ce péristyle. Il n’y a donc pas une hierarchie bien etablie entre les deux fonctions.



3. Objets rituels


Outre l’asson qu’il utilise notamment au dessus de la cruche pour la cérémonie du govi (voir article ci-dessous), Samba’el me montre plusieurs objets rituels déposés au pied du poto-mitan, comme la poudre avec laquelle on dessine les vévés au sol, ces dessins stylisés qui servent à invoquer les loas, les esprits du vodou, ou encore du gingembre séché, un bracelet en pattes de cabris pour les chevilles, qui en s’entrechoquant au rythme des pas de danse évoquent la pluie. Il y a aussi le fret kach, ce fouet qu’on utilise aujourd’hui pour appeler les loas du rite petro ou encore le paquet kongo, petite poupée artisanale qui renferme des plantes médicinales.


Paquet kongo (photo FG)

L’inventaire vodou ne s’arrête pas là : il y a bien sûr des tambours et puis aux murs du péristyle, les tableaux de peinture haïtienne inspirés du vodou. Dans un coin, on trouve un autel où sont entreposées de nombreuses bouteilles décorées au côté d’un buste de Dessaline, héros de l’indépendance.



Autel (photo FG)


Ce dernier fit appel à Ogoun Ferray, loa guerrier, lors de la fameuse bataille de la Ferrière ; celle-là même qui vit une armée d’esclaves triompher de la plus puissante armée de l’époque : celle de Napoléon Bonaparte.


Curieusement, je ne me souviens pas que l’on m’ait enseigné à l’école cet épisode pourtant unique dans l’histoire universelle.


4. Le triangle mystique


Pour Winthrop Attié, le houngan de Seguin, il existe en Haiti trois houmfors plus importants que les autres. Ils se situent dans la région de l’Artibonite, pas très loin de la ville des Gonaïves.


Winthrop Attie (photo FG)

« C’est le cœur du vodou, m’explique-t’il, un triangle mystique formé par les trois "cours" principales, distantes de quelques kilomètres les unes des autres. Il y a déjà Lakou Souvnans (La cour Souvenance) (voir mes photos du pèlerinage vodou de la semaine sainte dans cette cour :

http://picasaweb.google.com/bourlingue/HaTiEtRPubliqueDominicaine#) qui symbolise la cour royale du Dahomay et donc le pouvoir temporel. Il y a ensuite Lakou Badjo, qui symbolise le pouvoir guerrier des Yorubas avec le rite nago. C’est là que Dessaline avait sa maison, ce n’est pas un hasard. Il y a enfin Lakou Soukri, de rite kongo, qui symbolise le peuple, la troupe. C’est aussi dans cette cour que les sociétés secrètes vodous tirent leur origine : bizangos, sampwels, etc. Quand ces trois pouvoirs (le temporel, le guerrier et le populaire) étaient réunis sous l’égide du spirituel, il s’en dégageait une puissance telle que les troupes de Napoléon n’ont pas pu y faire grand-chose. »



5. Le rapport a la mort


Je suis Elien Isac dans la petite pièce adjacente, beaucoup plus sombre, éclairée par la seule lueur de quelques bougies. Sur une étagère sont entreposés de petits pots, on les appelle "po de tèt". C’est là qu’on met l’esprit des morts. L’action qui consiste à prendre l’esprit de la personne s’appelle "desoune" (prononcez dessouner). Il y a aussi une grosse croix faite de branches, très rustique, avec toutes sortes de fétiches accrochés. Samba’el m’explique le sens de sa présence dans cet endroit : La croix symbolise le cimetière et donc le lien avec les esprits de nos ancêtres. Pour nous, la mort n’est pas l'opposé de la vie, au contraire, dans le vodou, vie et mort coexistent harmonieusement. Celui qui meurt donne la vie et nous croyons que nos parents qui nous quittent aident et accompagnent les vivants. Ils nous donnent la force dont nous avons besoin. » A mon grand étonnement et de la façon la plus naturelle du monde, il me montre le crâne de son grand-père, qui lui aussi était houngan et qui l’accompagne dans les cérémonies.


Samba’el dans son péristyle (photo FG)


Je remarque sur le sommet du crâne des coulées de cire de bougie et comprend à quel point nos cultures sont différentes. Pour nous occidentaux (si tant est que ce terme ait le moindre sens dans le cas précis puisqu’ Haïti est bien plus a l’ouest que l’Europe…), la mort nous inspire une terreur sacrée et on préfère vivre en refoulant l’idée même de la vieillesse et de l’inéluctable. Le vodouisant, lui, l’a longtemps vue comme une libération souhaitée et aujourd’hui comme une force.


Crâne du grand-père houngan de Samba’el (photo FG)


Malentendu indépassable : puisque l’Européen n’ose pas regarder la mort en face et n’y projette que des valeurs négatives, alors, ceux qui entretiennent un rapport, disons plus intime avec la mort, sont fatalement animés par des intentions négatives, pour ne pas dire maléfiques … Nul doute que cela a nourri la legende noire du vodou.


FRédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)

jeudi 30 juillet 2009

Lexique

GLOSSAIRE VODOU

Asson : petite calebasse qui se prolonge par une queue et qui est remise au houngan lors de sa cérémonie d’initiation.

Assongwé : qui a reçu l’asson, se dit d’un houngan initié

Chevaucher : quand un vodouisant est chevauché par un loa, cela veut dire qu’il est possédé par cet esprit. Il est en transe et adopte des conduites propres au loa qui le chevauche.

Houmfo : temple vodou

Houngan : prêtre vodou

Hounsis : femmes vodouisantes vêtues de blancs qui servent un houmfo par leurs chants, leurs danses et leurs prières.

Loas ou lwas : aussi appelés mystères, ce sont des esprits qui servent d’intermédiaires entre dieu et les hommes.

Mambo : prêtresse vodou

Mariage mystique : cérémonie au cours de laquelle un humain se marie symboliquement avec un ou plusieurs loas.

Materon : accoucheur traditionnel

Mystères : voir loas

Nègres marrons : esclaves échappés des plantations

Péristyle : pièce principale du houmfo, par extension le terme s'emploie parfois en lieu et place du houmfo.

Poto mitan : poteau central dans le péristyle par lequel arrivent les loas

Rites : les rites correspondent aux différentes familles de loas généralement réunies en fonction de leur origine ethnique africaine et qu’on célèbre différemment les unes des autres.

Taïnos : peuple amérindien, premiers habitants de l’ile, aujourd’hui disparus.

Vodouisant : adepte du vodou

Vévés : symboles tracé à même le sol du péristyle pour appeler les loas. Chaque loa a son vévé.

FG

Vodou haitien, 2eme partie


SUR LES TRACES DES MYSTERES VODOUS EN HAITI (2)


1. Les fonctions du houngan, pretre vodou

Elien Isac, dit Samba’el me fait remarquer que le terme "houngan", qui désigne le prêtre vodou, claque comme deux coups de tambours et il joint le geste à la parole. " Houn " signifie "esprit" et "-gan" signifie "guérisseur". De fait, cela correspond à une des fonctions du houngan, qui connait les plantes médicinales, leurs vertus, sait ou les trouver et soigne avec l’aide des esprits, les loas. « Lorsque tu tombes malade, le médecin va te demander 1000 gourdes (20 euros). La plupart du temps, les gens n’ont pas les moyens de payer une telle somme et de toute façon, il y a à peine mille médecins pour neuf millions d’habitants ! Avec le houngan, tu vas donner ce que tu peux, de l’argent, de la nourriture si tu es paysan, etc. Même si c’est modeste, on ne refusera pas de te soigner.» Elien est aussi "materon", c’est-à-dire accoucheur, car en Haïti, la majorité des femmes mettent encore leur enfant au monde de manière traditionnelle.

Selon Samba’el, le houngan s’occupe aussi de rendre la justice dans un pays où les institutions sont en pleine déliquescence, en se chargeant au besoin de châtier les coupables à la demande des victimes. Et puis naturellement il assume son rôle de prêtre vodou en s’occupant de tout ce qui touche à ce culte.


2. Comment devient-on houngan ?

Elien Isac, qui est houngan depuis quatre générations, explique qu’il y a « beaucoup de houngans non initiés, plus ou moins bons. Ceux-là ne maîtrisent généralement que deux ou trois rites… Il ajoute : utiliser le vodou sans en avoir une bonne connaissance peut s’avérer dangereux. Pour ma part, je suis assongwé , c'est-à-dire que j’ai été initié par les plus grands houngans des dix départements, tous vêtus de blanc, au cours d’une très belle cérémonie. Mon papa [mystique] m a remis l’asson, à minuit. »

Pour designer celui qui l’a initié, à la fois en lui livrant les secrets du vodou puis en le guidant pendant la cérémonie d’initiation à proprement parler, le houngan parle donc de son père ou de son papa. L’asson est une calebasse à la queue allongée, qu’on enserre avec les colliers de perles, les majoks, dont les couleurs variées correspondent aux différents rites du vodou ( voir http://chien-creole.blogspot.com/2009/07/article-en-cours-de-preparation.html). Cette calebasse est connue pour ses propriétés curatives comme antidote aux poisons. Ses feuilles soignent aussi les infections vaginales, « mais lorsqu’elle est consacrée, alors cette calebasse est la clé qui ouvre toutes les portes des mystères !

Cela dit, poursuit Elien Isac, avant d’être initié, il faut qu’au cours d’une cérémonie, on te retire ton " petit bon ange" car il est trop vulnérable aux maléfices. Tu pourrais devenir victime d’houngans jaloux ou qui voudraient te contrecarrer. Le "petit bon ange” est la partie de ton âme qui peut voyager indépendamment de ton corps.


3. La cérémonie du govi

Il existe aussi le "gros bon ange", ajoute Samba’el. Quand un individu meurt, son "gros bon ange" va dans l’eau. Le houngan doit alors l’en retirer. Cela se fait dans une cérémonie appelée le govi, ce qui signifie "au-delà de la vie". Le houngan, protégé des regards par un drap blanc appelle le "gros bon ange" à gagner une cruche en terre cuite, probablement d’origine tainos, dont la partie inferieure est plongée dans un bassin ou à défaut, dans une bassine. Ainsi libéré de l’eau, le gros bon ange s’exprime à ses proches par la bouche du houngan, et chacun peut reconnaitre la voix du défunt.

Asson sur cruche sacree pour la ceremonie du Govi (photo FG)

Lorsque les propos sont incompréhensibles pour le commun des mortels, le houngan se fait interprète. C’est d’ailleurs le cas avec tous les loas qui le chevauchent (possedent), lui ou toute autre personne dans son péristyle. Mais le houngan a également la possibilité d’interroger le gros bon ange d’une personne disparue mais vivante ou de questionner les loas sur le passe, le présent ou l’avenir.

Winthrop Attie, le houngan de Seguin, va plus loin : « Dieu est la grande puissance, les esprits sont la puissance et les hommes sont amenés à gouverner la puissance, mais encore faut-il qu’ils le veuillent ! Je peux te donner cette autorité, mais si tu ne la prends pas, ca ne sert à rien. Je vis avec les loas, au quotidien, et si je leur commande quelque chose, ils doivent m’obéir, c’est comme ca.


Conclusion

Le houngan est donc un personnage qui assume de nombreuses fonctions dans la société haïtienne puisqu’il accompagne l’haïtien tout au long de sa vie : il aide a le mettre au monde lorsqu’il est accoucheur traditionnel ; il a le pouvoir de le marier, religieusement et mystiquement ; il le soigne dans la maladie ; se veut le bras de la justice ; et enfin, il libère son "gros bon ange" quand survient la mort, afin de lui permettre de regagner l’Afrique, la mythique Guinée d’ou ces ancêtre ont été arraches. Le houngan symbolise précisément le lien avec les racines africaines, ces croyances auxquelles les esclaves s’étaient accrochés et qui devait leur donner la force de conquérir leur indépendance. Sur un plan spirituel, le houngan préside aux cérémonies et aux rites. Si les loas sont les intermédiaires entre Dieu et le monde des hommes, le houngan est leur interlocuteur privilégié parmi les hommes.

peinture de J. Sevenson, peintre de Jacmel (photo FG)

Il détient les clés de ce monde enchanté de l’invisible qui peuple l’imaginaire de tout haïtien et qui se retrouve dans la richesse de son art, sa peinture, sa littérature, sa sculpture sur métal, sa poésie, etc. Le houngan est enfin censé disposer de pouvoirs dits magiques que lui confère son ascendant sur les loas et de dons divinatoires. Même si certains utilisent leurs pouvoirs supposés à des fins que la morale judéo-chrétienne considérerait en effet comme mauvaises, on est bien loin de l’image d’Epinal qui présente le houngan comme un sorcier diabolique assoiffé de mal...
(a suivre)

FRederic Gircour (trikess2002@yahoo.fr)

samedi 25 juillet 2009

vodou haitien, premiere partie

SUR LES TRACES DES MYSTÈRES VODOUS EN HAÏTI (1)

Voici quelques uns des enseignements que j’ai pu recueillir auprès de deux grands maîtres du vodou, que je partage aujourd’hui avec les lecteurs de Chien Créole, depuis Haiti. Je suis actuellement à Jacmel. Il s’agit de prendre conscience que le vodou est un élément incontournable de la culture caribéenne et sans doute l’un de ses phénomènes culturels les plus intéressants, intimement lié à l’histoire tourmentée d’Haïti. Vous pouvez aussi decouvrir une petite selection de photos sur le periple que je suis en train d’effectuer sur http://picasaweb.google.com/chien.creole/ALaDecouverteDHaitiSacAuDos1#


1. La rencontre de l’Afrique et des Taïnos

Le vodou haïtien est un syncrétisme, c’est à dire que c’est le fruit de la fusion entre plusieurs influences religieuses. Parmi celles-ci, on trouve le catholicisme puisque les vodouisants croient au dieu chrétien et que chaque loa, esprit du vodou, a son correspondant dans un saint catholique. Ainsi l’autre représentation d’Ogou Ferray est celle de St Jacques le majeur. Le houngan Winthrop Attié(1) dit que «contrairement au vodou africain qui est très structuré, le vodou haïtien est comme une grande table où chacun a sa place. Tu es le bienvenu que tu t’appelles Jésus, Mahomet ou Bouddha.» Cette tolérance des cultes polythéistes ou semi-animistes, comme c’est le cas ici, fonde une grande différence avec les monothéismes qui prétendent détenir une vérité unique et auront tendance à vouloir l’imposer aux autres, quitte à faire des millions de morts, comme ce fut le cas du christianisme en Amérique par exemple.

Pour Samba’el(2), houngan à Port-au-Prince, «la naissance du vodou, c’est la rencontre de l’Afrique et des Taïnos », le peuple amérindien qui peuplait Kiskeya, l’île que les Espagnols allaient rebaptiser Hispaniola et que l’histoire allait diviser en deux nations : la République Dominicaine et Haïti.

Samba'el a dans les mains un talisman, collier compose de perles dont les couleurs evoquent les differents loas, et quelques os de serpents (photo FG)

En effet, les nègres marrons enfuis des plantations se sont alliés aux Taïnos pour survivre dans un milieu hostile. «Le fait d’adorer les sources, les forêts ou la Lune, la présence des poteries rorozen, sont quelques uns des éléments que nous avons hérités des premiers habitants de l’île, aujourd’hui disparus.»

Winthrop, lui aussi, nomme plusieurs loas qui seraient d’origine taïnos, comme Mèt Kalfou, Mèt Granbwa ou encore Agoussou, l’esprit de l’eau qui navigue sur les mers. Selon lui, même les vévés, ces symboles dessinés à même le sol, avec par exemple de la farine, pour invoquer les loas, seraient d’origine amérindienne. Il poursuit : «Les Taïnos savaient qu’ils allaient disparaître. Ils ont livré les secrets de cette terre avant de partir. Leur plus grand legs, ça a été la connaissance de Cousin Zaka, le montagnard, loa ministre de l’agriculture et du commerce dans le vodou. C’est lui qui a montré aux marrons comment vivre en Haïti, qui leur a enseigné les plantes médicinales et leurs vertus, les secrets de cette terre.


2. Des pèlerins du temps

J’interroge Winthrop sur ce paradoxe que je n’arrive pas à m’expliquer : comment un peuple qui voue une telle vénération a la nature, a-t’il pu massacrer sa forêt, au point qu’aujourd’hui, la couverture boisée d’Haïti a quasiment disparu ? Lui qui consacre une bonne partie de son existence à la préservation de la forêt attenante à son auberge, me fait cette réponse : «J’ai interrogé le loa Ibo Lélé, qui est la reine des forêts, elle m’a dit la chose suivante : ‘’ça m’est égal si vous voulez couper tous mes arbres, allez-y ! Quand il n’y aura plus d’arbre, vous mourrez tous et alors les arbres repousseront et je reprendrai mes droits.’’

La foret pres de l'auberge de Winthrop (photo FG)

Tu comprends, m’explique Winthrop, les loas sont les citoyens permanents de cette planète ; nous autres, nous ne sommes que des pèlerins du temps. Ils sont travaillés par les mêmes sentiments que nous, la tentation, la jalousie, mais eux ne connaissent pas les contraintes de l’espace (un loa peut te dire ce qui se passe en Chine en ce moment) ni du temps.» En cela, ils ne sont pas différents des anciens dieux grecs.

Pour en revenir à la dévastation des forêts, il m’explique aussi : «tu sais, au fond de nous et ce depuis l’arrivée dans les cales des bateaux négriers, il y a la haine de cette terre à laquelle nous avons été trainés de force. C’est pour la faire fructifier qu’on nous a arrachés à l’Afrique et il y a toujours une résistance sourde, une volonté inconsciente de s’opposer à ce que quoique ce soit pousse ici. Cette conduite est aujourd’hui suicidaire, mais l’Haïtien est suicidaire. La mort au temps de l’esclavage était la seule délivrance, la libération qui permettait à l’esprit de regagner l’Afrique. Il faut changer cet état d’esprit qui n’a que trop duré. »


3. Mariage mystique

Winthrop Attié a fait construire à côté de son auberge un hounfor, temple vodou, consacré dans le cas présent au loa féminin Erzulie. «Je me suis marié avec elle.» Il veut bien sûr parler de mariage mystique. Cette union entraîne toutefois des obligations bien physiques : «Je lui consacre le mardi et le jeudi, certains vont même jusqu'à lui consacrer le samedi. Ces jours-là, je ne dois toucher aucune autre femme.»

Le houngan Winthrop Attie devant un tableau representant Ibo Lele, reine de la foret (photo FG)

Il m’explique aussi que les mariages mystiques vont souvent de pair avec les mariages religieux vodous entre un homme et une femme en chair et en os. La femme s’unit au cours d’une cérémonie à trois loas : Dambala, Ogou et Cousin Zaka. L’homme, lui, épouse Erzulie Freda, l’esprit de l’amour dans le rite Rada qui vient du Dahomay et Erzulie d’Anthor, la vierge noire du rite Petro. Comme ces loas sont unis entre eux, ceux qui unissent leur destin avec eux pour la vie au cours d’une même cérémonie sont ainsi mariés, par loa interposé si je puis dire.


4. Le panthéon africain

Le hounfor de Winthrop est divisé en deux, à l’image de ces deux Erzulie. Chaque côté est consacré à une de ses deux personnalités. «Dans la religion catholique, Dieu, avec la trinité, prend trois formes différentes ; de la même façon, un loa peut prendre différentes formes. Par exemple, m’explique Winthrop, Ogou se decline en trois formes : l’une qui marche avec l’eau, Ogou Balindjo, une autre avec la terre, Ogou Badagri et Ogou Ferray qui marche avec le feu. Il y a aussi Dambala Wedo, qui fonctionne avec l’eau alors que Dambala Flambo va lui avec le feu, comme son nom l’indique. Ils appartiennent successivement aux rites rada et petro», m’apprend Winthrop.

A la question de savoir à quoi correspondent ces différents rites, je réalise qu’Elien Isac, ne fait pas de distinction entre rite et rythme. Ce lapsus est toutefois fort révélateur puisque chaque rite a son rythme propre, interprété au tambour. «Dans le vodou haïtien, il y a 401 loas divisés en 21 rites qui correspondent essentiellement à des ethnies africaines. Par exemple, le rite rada, l’un des plus importants, correspond aux Aradas qui viennent du Dahomay. Parmi les principaux rites, on compte aussi le rite nago qui vient des Yorubas du Nigeria. La plupart des prières et des chants adressés à ces loas des panthéons africains se font dans la langue d’origine, yoruba, kikongo ou autre.


5. Guédés et petro

Il y a deux rites qui échappent à cette logique. Le premier est le rite des guédés, ces loas qui symbolisent les morts. Les vodouisants qui sont possédés par ces esprits, parlent du nez et sont également reconnaissables aux gestes obscènes qu’ils font, avec un bâton qui symbolise leur sexe. Pour Elien Isac, ce rite trouve son origine dans le culte égyptien d’Isis et Osiris. En cela, il rejoint les conclusions de Cheikh Anta Diop, historien et anthropologue sénégalais, dont les recherches tendent à démontrer que la civilisation pharaonique égyptienne serait d’origine négro-africaine.

L’autre rite qui contraste avec les rites ethniques est le rite petro. Quoique d’inspiration kongo, ce rite est né en Haïti, en 1791, à la cérémonie de Bois Caïman, qui a marqué le début de la guerre d’indépendance. C’est un rite qui contraste avec les autres par sa dureté, sa violence, voire sa cruauté parce qu’il est né en réponse à l’ extrême violence de l’esclavagisme qui était d’une rare bestialité. Winthorp utilise une métaphore : «c’est un peu comme si un incendie se déclare dans une galerie de mine. Pour l’éteindre, on va avoir recours à une violente explosion dont le souffle éteindra le feu. C’est ça le petro.»

Marie-Jeanne, la mambo, prêtresse vodou, initiee par Samba’el, me raconte que quand celui-ci est chevauché (possédé) par Ogou yeux rouges, il est capable de manger des aiguilles, des lames de rasoirs, de se baigner dans le feu, de se transpercer la joue. «c’est pas beau à voir !», ajoute-t’elle d’un air entendu. Néanmoins, il ne lui en reste aucune trace une fois la cérémonie finie.

La mambo (pretresse vodou) Marie-Jeanne tient une representation du veve d'Erzulie Freda (photo FG)

On retrouve le même type de témoignage chez le chercheur africain Masengo Ma Mbongolo, auteur d’un ouvrage sur le vodou : «Alors qu’Erzulie Freda, la déesse de l’amour rada (du Dahomey) s’intéresse à l’amour, à la beauté, aux fleurs, aux bijoux… Qu’elle aime danser et être vêtue de belles étoffes, l’Erzulie Yeux Rouges du rite petro est terrifiante d’intensité. Lorsqu’elle possède un individu, tous ses muscles sont contractés, ses genoux étirés, ses poings serrés.»

a suivre...

FRederic Gircour (trikess2002@yahoo.fr)

(1)Winthrop Attié, dit Winnie, est un houngan, prêtre vodou, qui vit sur la commune de Seguin, entre Port-au-Prince et Jacmel. Je l’ai rencontré par hasard, à moins que les loas ne l’aient placé sur mon chemin, car il tient une belle auberge, à l’orée d’une belle pinède. Il consacre d’ailleurs énormément d’énergie à la protection de cette forêt.

(2) Samba’el, ce qui signifie celui qui cherche les racines, de son vrai nom Elien Isac, est houngan depuis quatre générations. Il anime avec Marie-Jeanne, sa femme, une émission quotidienne sur une importante radio de Port-au-Prince, consacrée au vodou. Il a aussi créé un centre culturel et de formation destiné à la diffusion de la culture vodou.

vendredi 17 juillet 2009

Solidarité avec les avocats du LKP

Message à diffuser le plus largement possible :

Pointe-à-Pitre, le 17 juillet 2009

Maître Sarah ARISTIDE et Maître Patrice TACITA sont convoqués le lundi 20 juillet 2009 à 9h00 pour être mis en examen sur plainte d’un Juge pour diffamation et violation du secret de l’instruction.

Au-delà des faits qui sont énoncés, ce qui leur est reproché est d’avoir dénoncé des pratiques d’écoutes illicites violant les droits de la défense et mettant en péril la liberté des citoyens.

Le Collectif des Avocats constitué pour assurer leur défense dénonce ces poursuites dont le but est de museler une certaine forme de défense ; et appelle les Avocats et les citoyens épris de liberté à manifester leur solidarité à ces Confrères ce jour là.

Pour le Collectif d’Avocats

Monsieur le Bâtonnier Roland EZELIN,

Les pratiques douteuses de l’Elysée


RÉVÉLATIONS DE LA COUR DES COMPTES


1° Un sondage "dérangeant"
Le 26 février, pendant le conflit social qui secouait la Guadeloupe, le Figaro Magazine publiait dans ses colonnes un sondage choc : « êtes-vous favorable à l’indépendance de la Guadeloupe ? », avec ce titre : « Guadeloupe, le sondage qui dérange. » 51% des Français avaient répondu "oui" selon l’institut de sondage aux méthodes souvent contestées, Opinionway. Cette question était d’autant plus "dérangeante", pour reprendre le qualificatif du Figaro, que si la Guadeloupe avait formulé, avec le LKP, de nombreuses exigences, le thème de l’indépendance n’en faisait absolument pas partie (à ce sujet, je vous renvois à mon article sur cette question : http://chien-creole.blogspot.com/2009/07/la-question-qui-tue.html).

source : le figaro magazine, repris par le site http://www.marianne2.fr/


2° « Absurde »

Ainsi pour Regis Soubrouillard, de Marianne 2, qui réagissait le jour même de sa parution, ce sondage était « absurde » (voir : http://www.marianne2.fr/Guadeloupe-le-Figaro-invente-le-sondage-chantage_a175529.html) : « si une courte majorité des métropolitains se déclarent, en effet, favorables, à l’indépendance de la Guadeloupe, à l’inverse 80% des Guadeloupéens déclarent leur attachement à la métropole », ce que le sondage du Figaro s’était bien gardé de dire. Le journaliste de Marianne poursuivait : « Et en cas de référendum (…), inutile de rappeler que ce sont évidemment les habitants de la Guadeloupe qui seraient appelés à s’exprimer sur le sujet et non les métropolitains. Bref, un sondage qui n’apporte rien (…) et une polémique montée de toutes pièces (…) qui dérange surtout la raison journalistique. »


3° 78%

On pouvait tout de même y voir un intérêt : celui, pour le pouvoir, de brouiller le message du LKP dont les revendications sociales commençaient à plaire énormément aux Français de l’hexagone comme en témoigne le résultat d’un autre sondage, celui de BVA pour Orange, l’Express et France-Inter sorti lui, quelques jours plus tôt : « près de huit Français sur dix (78%) trouvent justifié le mouvement social qui paralyse la Guadeloupe depuis plus d'un mois » (voir http://www.20minutes.fr/article/304572/France-Le-mouvement-social-en-Guadeloupe-justifie-pour-78-des-Francais.php). D’ici à ce que l’hexagone ne soit tentée tenté d’emboîter le pas à la Guadeloupe, il y avait de quoi donner des sueurs froides à l’hôte de l’Elysée. Dans ce contexte, peut-on sérieusement penser que détourner le débat sur une question aussi "hors-de-propos", avait un autre but que de faire oublier les vraies questions soulevées par les Guadeloupéens ?


4° Vous me direz...

Alors, en effet, ça faisait le jeu du pouvoir, mais me direz-vous, le Figaro n’est pas le pouvoir, c’est un journal de droite, certes, mais en France, monsieur, la presse est indépendante ! Et puis, Hugues Cazenave, le président d’Opinionway, se défend même de diriger un institut marqué à droite, alors proche du pouvoir, pensez donc ! D’ailleurs, toujours selon le sondage BVA, 67% des électeurs de droite estimaient eux-aussi que le mouvement social était justifié, comme quoi, la droite, la gauche, ça ne veut plus rien dire !


5° Le lièvre de monsieur Seguin

Or voici que la cour des comptes présidée par Philippe Seguin, peu suspect de crypto-communisme, dans son premier rapport consacré au budget de l’Elysée, vient de lever un lièvre. C’est Dan Israel, dans un article publié sur le site d’Arrêt sur image (http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2156), intitulé « l’Elysée payait les sondages Opinionway / Figaro / LCI » qui le révèle : Opinionway « comptabilise plusieurs dizaines de cas de sondages commandés et payés par l'Elysée, alors qu'ils ont été également publiés dans la presse », sans qu’il en ait été fait mention, naturellement. Voilà une pratique pour le moins douteuse. Combien on parie que la question de l’indépendance de la Guadeloupe en fait partie ? Chien Créole attend maintenant que ceux qui s’étaient empressés de critiquer, sans argument recevable, les résultats obtenus par l’institut de sondage Qualistat en mars (voir http://chien-creole.blogspot.com/2009/03/sondage.html), dénoncent avec d’autant plus de vigueur, cette basse manipulation qui met une fois de plus en lumière l’interventionnisme de l’exécutif dans le domaine de la presse.


6° Pauvre France

A noter encore, que toujours selon l’excellent article de Dan Israel à propos du rapport de la cour des comptes, « On y apprend que l'Elysée a signé le 1er juin 2007 une "convention" avec un cabinet chargé de réaliser des études d'opinion, "pour un coût avoisinant 1,5 million d'euros"(1). Les conditions sont... intéressantes : pas d'appel d'offre, ce qui est illégal pour un marché public de cette dimension (…)». Et c’est le même Sarkozy qui vient ensuite nous expliquer que les fonctionnaires coûtent trop chers à la France, qu’il faut réformer les services publics, les privatiser autant que possible (France Telecom, EDF, la poste, etc.), travailler jusqu’à 67 ans, le dimanche en zone touristique sans plus être payé double et j’en passe et des meilleures… Enfin, on peut toujours se consoler en se disant qu’1,5 million d’euros, ce n’est finalement pas si cher payé puisque les résultats obtenus déterminent en grande partie les positions de notre président. Du moins lui permettent-ils de savoir jusqu’où il peut aller dans sa tâche de destruction systématique des acquis sociaux et quand il est plus judicieux de reculer pour attendre un moment plus favorable… C’est important tout de même !


FRédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)


(1) Ce type de dépenses faramineuses est à mettre en parallèle avec des chiffres comme l'augmentation de 20% entre 2007 et 2008 du budget de fonctionnement de l'Elysée ou les 206% d'augmentation de Sarkozy 1er par lui-même. Le député René Dosière rappelle qu'en 2008, l'Elysée a dépensé la bagatelle de 112 millions d'euros (http://www.lesechos.fr/info/france/afp_00166861.htm?xtor=RSS-2010). Ceci dit, quand, comme en Guadeloupe récemment, on a eu la "chance" d'assister à un déplacement sarkozien, on comprend en partie dans quel type de gouffre mégalomaniaque les deniers publics sont engloutis...


dimanche 12 juillet 2009

Le courrier des lecteurs de Chien Créole


VOS REACTIONS


Après la vague de messages de solidarité reçus suite à mon arrestation (merci encore à tous !), mes 4 derniers articles semblent aussi vous avoir inspirés car j’ai reçu dans ma boîte aux mails de nombreuses réactions. J’en profite pour rappeler que ce n’est pas par une quelconque volonté de censure si on ne peut laisser de commentaires directement sur Chien Créole. Tout est paramétré à cet effet, je l’ai même fait vérifier par un pote informaticien, mais c’est blogspot qui bug ! Enfin, voici quelques idées intéressantes dont vous m’avez fait part :


Jean-François B. n’approuve pas l’idée de l’assemblée unique fortement encouragée par Sarkozy. Il se demande pourquoi on ne parle jamais d’une grande région Antilles-Guyane qui se composerait des 3 départements : « dans le cadre de cette nouvelle région avec pouvoir décisionnel, nous prendrions l’habitude de travailler avec nos voisins français dans un premier temps. L’entité politique régionale serait rapidement obligée d’éliminer les verrous économico-administratifs-douaniers qui bloquent nos relations dans la zone caraïbe dans un deuxième temps. Bref ceci serait peut-être le point de départ d’une vraie économie régionale et la fin des relations uniques avec la métropole dans cette économie de plantation. »


Pour Sandie A., l’idée du partenariat avec les grandes écoles est bien jolie mais elle ne changera pas grand-chose pour les jeunes diplômés tant qu’on ne remettra pas en cause le piston qui seul garantit encore les bons postes : « Bon nombre d'étudiants guadeloupéens suivent des parcours remarquables mais ne peuvent se résoudre à rentrer au pays parce que malgré leurs compétences et leur niveau d'étude, s'ils n'ont pas les contacts qu'il faut, ils courent le risque soit d'être au chômage, soit de devoir accepter un poste pour lequel ils seront plus que sous- payés. Alors le résultat est le suivant, la majorité de notre brillante jeunesse doit travailler ailleurs ou doit accepter des postes et des salaires faute- de- pas- le- choix. »


Revenant sur mon article qui abordait le thème de l’indépendance, Seb M. m’a écrit : « Je vous encourage à continuer à tenir vos discours de propagande indépendantiste creux et sans relief et à défendre des racistes et des xénophobes. » Merci cher Seb pour ces encouragements. Il rajoute un peu plus loin : « Quant a votre critique du discours de Sarkozy, elle est pathétique mais évidemment prévisible. L'objectivité n'est clairement pas la ligne éditoriale. » En effet Seb, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, je m’efforce d’être le plus objectif possible sur les faits mais revendique une subjectivité quant à mes analyses car pour moi une idée ne paraît neutre à un moment donné que dans la mesure où elle ne heurte pas la pensée dominante. Et oui, Seb, c'est malheureux mais Chien Créole lève la patte sur la pensée dominante...


Gerard F. estime pour sa part que le partenariat avec les grandes écoles ne fera que renforcer une toute petite élite qui, à l’image des élus, passera une semaine sur deux en métropole, si elle ne reste pas directement travailler là-bas, faute de débouchés ici et de conscience locale, pour ne pas dire nationale.


Willy A. considère qu’il faut arrêter de défendre le LKP : « j’ai encore entendu à la radio ce matin qu’une moyenne de 2000 personnes étaient licenciées, par jour, en France. On vous avait bien dit que le LKP aurait des conséquences désastreuses sur l’économie ! Que les 2000 concernés quotidiennement aillent donc voir M.Domota pour lui demander de trouver une solution maintenant ! Ah ah ! »


Marie-Christine M. me demande si je vais bien.


Quant à Victorin L., il trouve que Chien Créole devrait plus parler de la mort de Michael Jackson ou du remarquable congrès des élus, toutes choses qui passionnent les Guadeloupéens, et un peu moins du LKP.


mercredi 8 juillet 2009

Analyse critique du discours du 26 juin de N. Sarkozy (3)


3ème partie : LES MESURES PROPOSEES


1° Le RSTA

Nicolas Sarkozy commence par se féliciter pour trois mesures qui ont déjà été prises dont, de loin la plus importante est la « mise en place du RSTA pour les plus modestes ». Le RSTA, Revenu Supplémentaire Temporaire d’Activité est le montage aux Antilles qui, tout en remplaçant le RSA de métropole, va permettre le versement par l’Etat des 100 euros auxquels il s’est engagé pendant 3 ans pour les bas-salaires. A la différence du RSA, le RSTA ne tient pas compte de la situation familiale. Par contre, le mode de calcul savant des ayant-droits est en train de créer de grosses frustrations chez bon nombre de salariés qui pensaient rentrer dans le cadre de l’accord Bino. Quant au "T" de temporaire, il va prendre tout son sens dans 3 ans pour les 30 000 salariés concernés par la seule extension de l’accord et qui reviendront à la case départ, le patronat n’ayant pas à assurer la pérennisation des 200 euros...


2° La LODEOM

Autre grande solution apportée par l’Etat, la LOEDOM, LOi pour le Développement Economique des Outre-Mers, adoptée le 13 mai dernier et qui se veut « une loi qui affirme la capacité des territoires d’outre-mer, et donc de la Guadeloupe, à générer leurs propres emplois, à créer leurs propres richesses, à prendre en charge leur destin. » La mesure phare qui doit selon le président permettre ça, c’est « la création de zones franches globales d’activités ». Encore un cadeau fait au patronat en réalité, dans la veine de la défiscalisation qui n’a jamais profité à la population. Cette solution, éminemment néolibérale n’est en aucune façon une réponse aux attentes que les Guadeloupéens ont très majoritairement exprimées pendant les 44 jours de grève générale. D’ailleurs Sarkozy lui-même rappelle qu’il s’agissait d’une de ses promesses de campagne.


Toujours dans le cadre de cette loi, « l’aide aux intrants et aux extrants pour compenser les coûts de transport des matières premières avec l’Union européenne et favoriser la production et la transformation de produits locaux » pourrait par contre avoir une certaine utilité.


3° Le développement endogène

« Les Etats Généraux démontrent que les Antillais veulent pouvoir vivre des fruits de leur travail, de la production de leur terre et de la valorisation de leur environnement. » Il se réfère aux états généraux mais se garde bien de dire que la question du développement endogène est un des chevaux de bataille du LKP, mais après tout peu importe : le simple fait que le président de la république française évoque ouvertement cette question au sujet de la Guadeloupe est en soi une révolution dont il y a lieu de se réjouir. Depuis Colbert, l’économie des Antilles a toujours été pensée en fonction des intérêts de sa métropole, jamais pour son développement propre. C’est ce que le LKP désignait dans le préambule de l’accord Bino comme « économie de plantation ». C’est donc un tabou qui a été brisé. Ceci étant dit, les mesures qu’il propose, à savoir que les producteurs se regroupent pour mieux faire valoir leur droit auprès des distributeurs et qu’un label soit créé risquent d’être bien légères. Pour Alain Plaisir, membre du LKP et auteur de "A la conquête du marché intérieur" un ouvrage paru avant le soulèvement du LKP et qui évoquait déjà ces questions, pour mettre en œuvre ce programme, il faudrait s'attaquer aux importateurs, qui sont les plus grands profiteurs.


Alain Plaisir (photo FG)


Dans son discours, Nicolas Sarkozy s’étonnait : « Qui peut comprendre que malgré ses centaines de kilomètres de côtes, 50% du poisson consommé aux Antilles soit importé d’Amérique du Sud ou d’Asie ? Qui peut comprendre que les Antilles ne produisent que 24% de leur consommation de fruits? » Interrogé par Chien Créole, Alain Plaisir réagit à ces propos : « Qui importe ces poissons, ouassous, légumes et fruits si ce ne sont les békés qui contrôlent totalement l’import ? Des filières entières de la production locale ont ainsi été laminées. C'est le cas de l'igname, c'est le cas des fruits et bientôt du poisson. Sarkozy feint d'ignorer que nous sommes dans une société libérale capitaliste, avec des capitalistes dont le souci n'est pas le développement économique, mais le profit. Qui osera s'attaquer aux profits de ces capitalistes ? D'ailleurs le système libéral le permet- il ? Pour un véritable changement économique, il faut s'attaquer aux dogmes du libéralisme : loi du marché, avantages comparatifs, libre-échange, etc. ».


Nicolas Sarkozy évoquera aussi le potentiel de l’énergie géothermique de la Guadeloupe qui ne produit pourtant que 15 megawatt contre « 150 mégawatt d’une énergie à la fois plus polluante et plus chère pour les centrales au diesel» Pas encore une mesure, mais une piste pas inintéressante à explorer.


4° La question statutaire

La veille de sa visite éclair en Guadeloupe, Sarkozy annonçait l’organisation d’un référendum dans l’île sœur pour que les Martiniquais décident s’ils veulent ou non s’acheminer vers un statut d’autonomie. En Guadeloupe, les élus lui ont demandé un délai de 18 mois de réflexion pour proposer ce qu’on sait déjà être la même chose. Du moins cela leur donnera-t’il l’opportunité d’apparaître comme étant à l’initiative de cette démarche et selon eux, de regagner, au passage, un peu en crédibilité. Gérer le calendrier, c’est déjà gérer quelque chose ! Le président n'a d’ailleurs pas ménagé ses compliments à l’égard de Lurel en particulier, qu’il a d’ailleurs chaleureusement appelé Victorin à plusieurs reprises pour le plus grand bonheur de ce dernier.


Nicolas Sarkozy, reçu en grande pompe par Victorin Lurel, président de région à gauche (enfin, sur la photo au moins) et Jacques Gillot (président du conseil genéral, à droite (photo Dominique Chomereau - lamotte, source : http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/)


Au-delà de leurs différences partisanes (Lurel comme Gillot est socialiste), on voit qu’il est important aux yeux de Sarkozy de restaurer l’autorité des élus locaux, ne serait-ce que pour contrecarrer l’ascendant du LKP sur la population. Parlant des résultats des états généraux, il évoque un nouveau projet de société, un « projet, dont les élus du peuple doivent être les maîtres d’œuvre, avec les acteurs économiques et sociaux (...) »


Pour en revenir à l’autonomie de la Guadeloupe, Nicolas Sarkozy a réaffirmé avec force son attachement à cette solution : « J ’ai toujours eu l’intime conviction que les collectivités d’outre-mer ne pouvaient pas être gérées comme celles de métropole. A ceux qui souhaitent que leur territoire dispose de davantage d’autonomie, ma réponse n’a jamais varié. Je suis ouvert à toute demande d’évolution qui serait formulée par vos élus, pourvu que celle-ci soit au service d’un projet dans l’intérêt de tous les Guadeloupéens ». Nul doute que cette autonomie aille dans le sens de l’histoire et soit la seule à pouvoir éventuellement donner le cadre nécessaire au développement endogène de l’archipel. Reste maintenant à convaincre les électeurs que les élus qui verraient leurs pouvoirs accrus seront capables d’en faire un meilleur usage que ce qu’ils en ont toujours fait... Le manque de confiance, globalement mérité, même si heureusement il y a des exceptions, envers la classe politique locale était déjà sans aucun doute l’un des principaux motifs de l’échec du référendum de 2003 sur cette même question...


A cela, il ajoute : « s’il doit y avoir évolution institutionnelle – ce qui sera avant tout votre choix –, cette évolution devra se faire dans ce cadre constitutionnel qui scelle notre pacte républicain. La question de l’indépendance n’est donc pas à l’ordre du jour. La Guadeloupe est française et le restera. » Fanfaronnade gratuite : pourquoi apporter cette précision, alors que le LKP n’a jamais demandé l’indépendance, si ce n’est justement pour semer la confusion dans les esprits et prêter au LKP des intentions qui ne sont pas les siennes (voir article ci-dessous) ?


Et puis enfin pour ce qui concerne la question statutaire, Nicolas Sarkozy s’est bien sûr prononcé en faveur d « une collectivité unique regroupant conseils régional et général ». De même qu’on peut trouver une similitude entre le souhait de l’autonomie des DOM et la décentralisation entreprise dans les régions de l’hexagone, la question de la collectivité unique n’est pas une préoccupation spécifiquement antillaise pour le gouvernement. La suppression pure et simple à terme des départements fait partie de ses desseins pour la France entière et les Antilles se prêtent parfaitement pour commencer puisque région et département se confondent ici en un seul territoire !


5° Renforcer le rôle de l’état

Nicolas Sarkozy fait l’aveu à demi-mots des carences de l’Etat en Guadeloupe, trop jacobin d’un côté et laxiste, vis-à-vis des monopoles notamment, de l’autre « pourquoi ne pas imaginer un Etat déconcentré qui soit davantage à l’image de la population locale ? Un Etat plus ferme sur le respect des règles du jeu économiques et sociales, et notamment des règles de la concurrence. » On peut néanmoins douter de sa bonne volonté sur ce point quand toutes ses actions passées démontrent que lui et ses amis politiques n’ont eu de cesse de déréguler le marché, dans la plus pure tradition néolibérale.


6° L’éducation

En fin de compte, si on doit retenir une chose positive dans le discours de Sarkozy, une chose qui ne s’arrête pas aux bonnes intentions, c’est son annonce concernant les grandes écoles : « Ici comme ailleurs, on doit avoir des exigences, viser l’excellence, faire émerger ses propres techniciens, ses propres cadres. C’est pourquoi j’ai demandé à l’Université des Antilles-Guyane de se rapprocher, dans le cadre des Etats Généraux, [NDLR : on se demande bien ce que les états-généraux ont à voir là dedans] des Grandes Ecoles de notre pays, notamment les Ecoles de commerce et celles d’ingénieur, pour envisager des partenariats renforcés et des formations communes. Je veux saluer L’Ecole des Hautes Etudes Commerciales -- HEC -- qui s’est immédiatement portée volontaire et qui, très prochainement, commencera à former, avec l’UAG, des cadres de haut niveau à la gestion d’entreprise et au management, ici en Guadeloupe. Je suivrai personnellement ce dossier pour que d’autres Ecoles s’engagent sur ce chemin. Nous devons faire de la Guadeloupe un pôle de formation de haut niveau qui rayonne dans la Caraïbe et au-delà ! »


Voilà une proposition concrète qui répond vraiment aux attentes des Guadeloupéens. Reste à espérer maintenant que des mesures seront prises contre les discriminations à l’embauche dont souffrent les jeunes Antillais diplômés, que ce soit dans l’hexagone ou chez eux. Cette excellente initiative ne portera ses fruits que si on donne un petit coup de pouce à ces jeunes, par rapport à d’autres qui postuleraient depuis Paris par exemple, à compétence égale. Sinon, à quoi bon pousser les jeunes à s’investir dans le développement de leur archipel ?


En revanche, en dehors de la formation des élites, qui constitue, je le redis, une très bonne chose, aucune mesure sérieuse n’a été annoncée concernant l’éducation plus basique. Le bilan dressé par le président est pourtant alarmant : « le taux de chômage des 15-24 ans est de 55% en Guadeloupe, c’est le plus élevé d’Europe ! 33% des 25-34 ans sortent du système scolaire sans le moindre diplôme en Guadeloupe ! C’est inacceptable. » Je ne pense pas que ceux-là feront HEC... Et seule solution mise en avant : l’armée ! Et oui Nicolas Sarkozy s’enorgueillit du fait que le RSMA, Régiment du Service Militaire Adapté connaisse « des taux d’insertion remarquables des publics difficiles, de l’ordre de 80% ». Il y aurait peut-être quelque chose à faire avant d’arriver à ces 33%, dont je ne sais quel pourcentage échouera au RSMA , mais ça n’est pas évident quand la Guadeloupe n’échappe pas à la logique de l’hexagone qui voit encore pour la rentrée prochaine 11 200 postes sacrifiés... Toutefois, il n’y a pas lieu de s’affoler, Nicolas nous rassure : en Guadeloupe, on peut compter sur l’armée !


FRédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)


La question qui tue ; )


LE LKP EST-IL INDÉPENDANTISTE ?


Longtemps je n’ai pas cru bon d’approfondir cette question qui pour moi n'en est pas une : Le LKP n’a jamais demandé l’indépendance. Interrogé sur ce sujet, Elie Domota s’était esclaffé : « si on doit obtenir l’indépendance sur la base de la plateforme de revendication du LKP, même moi, j’y vais pas ! » Seuls ses adversaires politiques font un blocage depuis le début sur ce thème, brandissant chaque fois que possible l’ "épouvantail" d’Haïti.


1° « Finir comme Haïti »

Ce discours qui consiste à rétorquer à toute évocation de l’indépendance « vous voulez que nous devenions comme Haïti ! » est très prégnant en Guadeloupe. Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que si Haïti est dans la triste situation qu’on lui connait aujourd’hui, c’est précisément pour alimenter ce genre de préjugés. Les puissances impérialistes de l’époque (Haïti emporte son indépendance en 1804) ne pouvaient tolérer que la première république noire de l’histoire devienne un exemple. Pensez donc : une nation où les esclaves s’étaient complètement débarrassés de leurs esclavagistes (événement tout à fait inouï : dans les autres pays du continent, ce sont les descendants d’européens nés sur le sol américain qui conduiront les guerres d’indépendance) ; il fallait à tout prix que cette expérience soit un échec et serve d’exemple pour les autres colonies, qui sinon ne manqueraient pas, tôt ou tard, de vouloir emprunter le même chemin.


Nord-est d'Haïti (photo FG) (découvrez mes autres photos d'Haïti sur (http://picasaweb.google.fr/bourlingue/HaTiEtRPubliqueDominicaine#)


Même si les dirigeants haïtiens ont indéniablement une part de responsabilité, la situation d’Haïti tient surtout au fait qu’elle a été dès ses débuts, littéralement étouffée économiquement (à ce sujet, je vous invite à relire l’article que j’avais écrit sur la passionnante intervention de Didier Dominique, leader du syndicat haïtien Batay Ouvriyé, qui explique les mécanismes délibérés qui ont fait d’Haïti l’un des pays les plus pauvres au monde :

http://chien-creole.blogspot.com/2009/01/comprendre-ce-qui-se-passe-en-hati.html).

Remplissant parfaitement leur rôle depuis l’indépendance d’Haïti, le curé, l’instituteur, le politique, etc., tous se sont employés à rappeler, sur tous les tons que vouloir l’indépendance ici, c’était vouloir amener la Guadeloupe à connaître les affres et la déchéance matérielle de l’ancienne perle des Antilles et je l'ai moi même entendu à de nombreuses reprises. La leçon a été bien assimilée. Ceux qui continuent à véhiculer ces préjugés se font donc les complices, consciemment ou non, de ce crime commis à l'encontre d'Haïti.

Le vodou(1), religion haïtienne, a lui aussi été diabolisé sans vergogne à seule fin d’envoyer au monde ce message : « laisser les nègres s’autogouverner et ils retomberont inéluctablement dans la sauvagerie d’où on les avait sorti (sic)».


2° Les luttes pour l’indépendance des années 70 et 80

Cela n’empêchera pas la Guadeloupe de connaître ses luttes pour l’indépendance alors que les empires britanniques et français s’effondraient totalement, perdant colonie sur colonie. Il y aura d’abord le GONG qui connaîtra la répression que l’on sait en 67 (lire http://chien-creole.blogspot.com/2009/05/parallele-historique.html). La relève sera assurée par deux groupes qui vont se former clandestinement dans les milieux agricoles, l’UTA et l’UPG. Ils vont finir par fusionner pour donner l’UGTG (Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe), le syndicat indépendantiste dont Elie Domota est aujourd’hui le secrétaire général. Puis le mouvement syndical indépendantiste va chercher une expression politique. Celle-ci va se concrétiser dans la création d’un parti, l’UPLG (Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe) qui perdra petit à petit de son influence jusqu’à la fin des années 80, laissant finalement le champs politique à l’UGTG.

Entre temps, des expériences de lutte armée ont été menées, conduites par Luc Reinette, qui fondra successivement deux groupes de libération nationale, le GLA (Groupe de Libération Armée) et l’ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe) qui revendiqueront à eux deux des dizaines d’attentats frappant des cibles symboliques aux Antilles, en Guyane, mais aussi sur le sol métropolitain.


Luc reinette, dans une manifestation du LKP (photo FG)


La plupart des membres de ces organisations seront arrêtés et ça marquera la fin de l’illusion d’une indépendance à portée de la main. N’empêche, c’est difficile à réaliser aujourd’hui mais on n’en est peut-être pas passé loin, à cette époque.


3° Le soupçon de l’objectif caché

Aujourd’hui, l’UGTG est la principale organisation indépendantiste de l’archipel. Pour donner une petite idée de son poids, ce syndicat a obtenu à lui seul plus de 50% des voix aux élections prudhommales de l’an dernier.


Elie Domota, secrétaire général de l'UGTG, porte-parole du LKP et Jimmy Brother (photo FG)


C’est aussi l’organisation qui est à l’origine de la création du LKP et jusqu’à aujourd’hui la plus importante des 48 organisations qui le composent. Dès lors, il était facile pour ceux qui ne voulaient pas affronter le LKP sur le terrain social, vu la justesse de ses revendications, de déplacer le débat en le portant sur la question de l’indépendantisme. Les revendications sociales deviennent secondaires du moment qu’on estime que la véritable finalité du LKP est l’indépendance. Restait à persuader les Guadeloupéens si massivement pro-LKP, qu’ils se font manipuler par de vilains tontons macoutes assoiffés d’indépendance. Cette propagande n’a pas fonctionné mais elle a pu tout de même insinuer le doute dans un certain nombre d’esprits. La réalité est bien plus complexe.


4° Une autre analyse

Les indépendantistes guadeloupéens du XXIème siècle sont bien loin de l’emballement qu’ont connu leurs prédécesseurs, enivrés par la vague de décolonisation qui secouait le monde. Ils sont pour la plupart (il demeure tout de même une vieille garde, y-compris au sein de l’UGTG qui n’a guère évolué), arrivés au constat suivant : depuis que la Guadeloupe a été colonisée par la France, jusqu’à nos jours, son développement a toujours été pensé depuis Paris dans l’intérêt de l’économie métropolitaine, jamais en fonction d’un développement endogène de l’île.

Dans un premier temps, toute son économie a été tournée vers l’exportation, essentiellement de la canne-à-sucre, qui avait une vraie valeur dans les siècles passés et qui, avec l’esclavage, avait un coup de revient quasiment nul. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Quasiment tout ce que nous consommons en Guadeloupe est importé. L’aide de l’état arrive massivement sous forme de subventions multiples et variées qui gonflent artificiellement l’économie guadeloupéenne. Il ne reste plus qu’au Guadeloupéen, ainsi assisté, à tomber dans le pire consumérisme pour faire la fortune, avec l’argent public, des importateurs et des entreprises françaises qui ont mis en place des monopoles aussi redoutables qu’illégaux. Bien sûr, l’Etat ferme les yeux. Il y a toujours eu connivence entre d’un côté les grands patrons et les grands propriétaires békés et de l’autre l’Etat. Le documentaire « Les derniers maîtres de la Martinique » est très parlant à cet égard. Le résultat c’est qu'au jour d'aujourd'hui loin de pouvoir prétendre à l’indépendance, la Guadeloupe est de fait totalement assujettie à la dépendance économique que lui impose la métropole.


5° Un changement de priorité

Les indépendantistes ont donc revu leurs priorités. Il s’agit à présent de s’orienter vers un développement qui soit pensé par et pour les Guadeloupéens pour que, dans 70 ou 80 ans, comme me le confiait un éminent membre de l’UGTG, on puisse prétendre à l’indépendance. En l’état, c’est impensable. La Guadeloupe doit trouver un équilibre qui lui permette de subvenir à ses besoins, loin de l’esclavage ou de l’assistanat qui l’ont régi jusqu’à présent. Il est donc faux de dire que le LKP avance masqué. L’UGTG se reconnaît dans les revendications du LKP pour une bonne raison : elles vont dans le sens de plus de responsabilités pour les Guadeloupéens, elles ouvrent une piste de réflexion sur la production et la consommation locale et plus généralement sur le développement endogène de l’archipel. Elles répondent à l’exigence de justice sociale qui est censé animer tout syndicat. Cela ne veut pas dire que le but du LKP est l’indépendance. Les Verts par exemple, qui ne partagent pas cette visée n’en approuvent pas moins l’idée de la consommation de produits locaux qui va dans le sens d’un plus grand respect de l’environnement.


Harry Durimel, membre du LKP et dirigeant des Verts Guadeloupe, avocat de son état et ici plongé dans le code civil (photo FG)


C’est cela le LKP, avoir eu l’intelligence de mettre de côté ses divergences pour trouver un socle d’objectifs communs à court et moyen terme dans l’intérêt du plus grand nombre.


6° Un beau défi

Construire pas à pas le développement de la Guadeloupe est un beau défi à relever, qu’on soit indépendantiste ou non. Cela implique certainement un changement de statut, l’autonomie permettant seule de penser le développement de la Guadeloupe de l’intérieur. Cela exige aussi une révolution des mentalités, dans le mode de consommation, dans les responsabilités à conquérir, l’esprit d’excellence à acquérir, la créativité dont il va falloir faire preuve, etc. Le LKP a créé un sursaut dans ce sens, il faudra le concrétiser.


Manifestants de l'UGTG pendant les 44 jours de grève générale (photo FG)


Ça ne peut pas se faire non plus sans la France qui a une si grande responsabilité dans la situation économique actuelle. Après s’être tant enrichi sur le dos des Antillais, l’hexagone peut aujourd’hui payer sa dette en jouant respectueusement un rôle d’accompagnement. Bien sûr, il faut pour cela arrêter le langage cynique qui prétend que la Guadeloupe coûte cher à la France ! Et puis, soyons clair : l’indépendance ne se fera pas non plus sans un véritable ancrage dans la sphère économico-culturelle de la Caraïbe, et là aussi, il y a du travail ! Que cela conduise ou non un jour à l’indépendance, qui se plaindra du fait que la Guadeloupe connaisse enfin un développement harmonieux et construise un meilleur avenir à ses enfants ? En fin de compte, ne l’oublions pas, c’est le peuple qui décidera s’il veut ou non être indépendant, n’en déplaise à M. Sarkozy qui clamait à Petit-Bourg : « La Guadeloupe est française et le restera » !


7° Avoir le choix

Contrairement à ce que certains affirment, ce ne sont pas les indépendantistes aujourd’hui qui mettent un couteau sous la gorge de qui que ce soit, c’est au contraire le résultat d’une politique pluriséculaire désastreuse et délibérée pour la Guadeloupe qui pousse les Guadeloupéens à ne pas voir de salut en-dehors de l’appartenance à la France. La décision d’unir ou non son destin à celui d’une nation, conformément au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ne saurait être juste conditionnée par de simples considérations matérielles mais doit être prise en âme et conscience. Cela doit traduire un élan du cœur, non de l’estomac. Souhaitons qu'un jour les Guadeloupéens aient réellement le choix.


FRédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)


(1) Cette orthographe respecte le créole haïtien


mardi 7 juillet 2009

Solidarité canine


SAUVER LA MAMAN DE LYANNAJ ;)


Chien Créole se devait de faire preuve de "solidarité canine" à la réception du mail de Patricia dont je vous livre des extraits :


"Une de mes dernières enquêtes de maltraitance animale a sauvé trois chiennes. Deux chiennes ont été adoptées. Il en reste une, LLOYD, une chienne adorable avec les gens et les enfants (les chats, je ne sais pas).



Lloyd, juin 2009

Comme d'habitude, c'est la croix et la bannière pour trouver une famille d'accueil. Surtout en cette période de vacances. Cette chienne sera stérilisée par la SPA, je l'ai nourri et soigné, sa famille d'accueil aussi et ce jusqu'à ce prochain week end.


Après tous ces efforts, je ne me résouds pas à amener cette chienne à la fourrière car je sais, qu'avec du temps, on arrive à trouver des familles d'adoption. Et je sais que dès la fin de l'été, ce sera plus facile. Sa fille, Lyannaj, est partie au frais de la SPA, dans un refuge en métropole, et vient d'être adoptée.


Lloyd a toujours connue l'attache et ce sera mieux que rien si vous ne pouvez pas faire autrement. Le tout est de lui donner à boire et à manger. Elle n'a plus de tics, plus de puces, est vermifugée, bientôt stérilisée. Et je fournis les croquettes.


Patricia"
tel : 06 90 72 34 50


Ça s'arrose !


CHIEN CRÉOLE : + de 10 000 CONNEXIONS DEPUIS LE 16 AVRIL


Aujourd’hui où tombent, en France, les résultats du bac, l’auteur de Chien Créole est lui aussi ému par un résultat : ce blog a dépassé aujourd'hui les 10 000 connexions, parfois dans des pays improbables, alors que le décompte n’a commencé que le 16 avril, bien après la fin de la grève générale qui avait suscité un véritable engouement international ! Merci à tous pour la confiance et la fidélité que vous témoignez du monde entier à Chien Créole et surtout pour l’intérêt que vous manifestez envers la Guadeloupe !


(Cliquez sur l'image pour l'agrandir) Les points rouges, plus ou moins gros en fonction du nombre des connexions, montrent qu'aucun continent n'est épargné par Chien Créole. Retrouvez le point qui vous signale !


Ci-dessous, l’instantané du nombre de visites par pays (57 au total, si on y ajoute les DOM-TOM français) :

France 4,593; Guadeloupe 3,364; Martinique 636; Canada 166; Allemagne 153; Belgique 74; Réunion 73; Etats-Unis 61 ; Royaume-Uni 39 ; Suisse 33 ; Mexique 30 ; Bénin 29 ; Guyane 25 ; Espagne 24 ; Luxembourg 16 ; Maroc 14 ; Suède 9 ; Algérie 8 ; St Marteen 8 ; République Dominicaine 7 ; Chine 7 ; Pays-Bas 6 ; Japon 6 ; Italie 5 ; Irlande 4 ; Polynésie française 4 ; Jordanie 4 ; Nouvelle Calédonie 4 ; Brésil 4 ; Haïti 3 ; Madagascar 3 ; Grèce 3 ; Côte D'Ivoire 3 ; Tunisie 3 ; Honduras 2 ; Chili 2 ; Iran 2 ; Island 2 ; Norvège 1 ; Argentine 1 ; et encore 17 autres pays... (voir http://www2.clustrmaps.com/counter/maps.php?url=http://www.chien-creole.blogspot.com)


FG (trikess2002@yahoo.fr)


PS : Merci aussi à la police qui contribue elle-aussi à grossir ces chiffres chaque fois qu’elle se connecte pour mieux me surveiller ! Continuez ! ; )


lundi 6 juillet 2009

Analyse critique du discours du 26 juin de N. Sarkozy (2)


2ème partie : SARKOZY S'EN PREND AU LKP


Caribcreole 1, site d’information guadeloupéen sur l’actualité de la Caraïbe(1), a rendu publique, le 25 juin,une note confidentielle adressée à Nicolas Sarkozy et rédigée par Olivier Biancarelli, son chef de cabinet. Cette note visant à préparer sa venue aux Antilles stipulait entre autres choses que : « notre électorat, mais aussi de nombreux Guadeloupéens silencieux, attendent un discours ferme de votre part qui rappelle les grands principes républicains. Il serait, toutefois, périlleux d’attaquer trop directement DOMOTA qui a su conserver un capital sympathie au sein d’une partie de la population, notamment la plus modeste. »


Nicolas Sarkozy va suivre ces conseils à la lettre. Pas une fois il ne nommera Elie Domota. Il ne prendra même pas le risque de citer le LKP, ce qui ne l’empêchera pas de truffer son discours de sous-entendus, voire d’émettre des attaques très dures à l’encontre du mouvement. Sans doute considère t’il que "les plus modestes" n’auront pas l’intelligence de lire entre les lignes, allez savoir ?


Illustration PieR Gajewski (http://www.bakchich.info)



1° Pour Nicolas Sarkozy, le LKP est un mouvement raciste :

« Indiens, Syro-libanais, Noirs, Asiatiques, « Békés », Métropolitains,… vous êtes tous Français, vous êtes tous Guadeloupéens ! (…) Ne laissez personne vous diviser, ne laissez personne vous dresser les uns contre les autres ! ». Amusant de voir que Sarkozy se pose en lyanneur des Guadeloupéens, en rassembleur avec un train de retard. Pathétique en revanche de constater que ses sous-entendus jettent l’opprobre du racisme sur un mouvement qui n’a eu de cesse de réclamer l’égalité entre tous les Guadeloupéens, une égalité jusqu’à aujourd’hui bafouée. Les défenseurs de la diversité se voient accusés d’être des racistes parce qu’ils dénoncent les mécanismes qui font que les antillais de couleur sont de fait exclus des postes de décisions économiques. Mais, encore une fois, le problème ne réside pas dans l’épiderme, au sens biologique, des uns ou des autres, mais dans les rouages d’un système hérité du colonialisme où chacun est à sa place précisément en fonction de sa couleur de peau. C’est ce système que tout citoyen réellement animé par l’esprit républicain devrait remettre en cause et combattre quelque soit sa propre couleur car il constitue un archaïsme qui n’est pas sans rappeler l’iniquité de l’ancien régime.


Un peu plus loin, Sarkozy revient à la charge : « Je n’accepterai pas que, sur le territoire de la République, l’on stigmatise une catégorie de citoyens en raison de leur origine, quelle que soit cette origine. » Sans doute fait-il ici allusion à l’enquête judiciaire ouverte à l’encontre d’Elie Domota pour incitation à la haine raciale. A ce propos, je vous invite à relire la deuxième partie de l’article que j’avais consacré à cette lamentable affaire où le pouvoir ne se grandit pas à essayer de criminaliser un mouvement social (http://chien-creole.blogspot.com/2009/03/incitation-la-haine-raciale.html), par le biais de manipulations de l'opinion pour le moins douteuses.



2° Pour Nicolas Sarkozy, le LKP est un mouvement violent :

« Je n’accepterai pas que l’on constitue des groupes d’intimidations violents » A moins qu’il ne fasse allusion aux gendarmes mobiles (qui en Guadeloupe remplacent nos braves CRS), armés jusqu’aux dents et carapacés comme des tortues ninjas, je crains fort qu’il ne vise là encore le LKP. La confusion est toutefois entretenue avec des propos que nombre de elkapistes auront pris comme un hommage du président : « Il est aisé de dénoncer, de combattre et de détruire. Il est bien plus difficile de proposer, d’agir et de construire ! Cela demande de l’imagination, de la ténacité et de l’humilité. » ou encore « Je suis certain que les Guadeloupéens veulent une société dans laquelle on est libre d’avoir des opinions et de penser différemment, sans avoir peur pour soi, sa famille ou ses biens. Une société dans laquelle on sait être solidaire et se rassembler pour relever des défis communs. Voilà ce à quoi aspirent les Guadeloupéens! »

Blague à part, faire au LKP le procès de la violence est là encore profondément injuste et choquant. Quel autre mouvement social en France peut se vanter d’avoir rassemblé pendant un mois des dizaines de milliers de manifestants, sans que les villes traversées ne subissent la moindre dégradation, sans le moindre incident à déplorer ? Il faut dire que les Guadeloupéens ont un très gros avantage sur les manifestants de l’hexagone : la pratique massive du carnaval qui s’étale chaque année sur un bon mois, leur a donné une véritable culture des mouvements de masse. Une discipline inimaginable dans l’hexagone a été acquise par tous ceux qui défilent, ce qui permet une gestion impressionnante des foules. Si on ajoute à cela un service de sécurité conséquent, accusé de tous les maux mais bigrement efficace, on arrive à la maîtrise totale qui a permis d’éviter tous débordements.

On pourrait tout au plus reprocher, parfois, l’autoritarisme dont certains ont fait preuve pour fermer les entreprises non en grève pendant les 44 jours. Mais là encore, une petite mise en perspective s’impose : alors que la métropole flirte avec les 9% de chômage, Dominique de Villepin n’hésite pas à parler de situation pré-révolutionnaire. Là-bas des actes désespérés se multiplient comme le saccage d’une sous-préfecture ou des volées d’œufs et de pancartes contre des patrons qu’on va de plus en plus souvent jusqu’à séquestrer d’ailleurs. Alors, qu’on considère un instant la poudrière sociale qu’est la Guadeloupe où le taux de chômage n’est pas de 9% mais dépasse les 20%, où le chômage des jeunes est le plus élevé de toute l’union européenne, où qui plus est, l’absence de perspective a conduit l’équivalent de la population vivant actuellement en Guadeloupe à s’exiler à l’étranger ou dans l’hexagone... Finalement, la façon parfois autoritaire avec laquelle les entreprises étaient fermées n’était pas bien méchante, surtout quand on considère que 9 fois sur 10, les rideaux de fer étaient à nouveau levés dix minutes plus tard !

Quant à la violence extrême dont une certaine jeunesse a fait preuve en réaction à la violente répression policière du barrage de Poucette, elle n’a certainement pas été créée par le LKP : pour les raisons invoquées plus haut, on comprend qu’elle lui était antérieure. Certes, les formes qu’elle a prise étaient cette fois très spectaculaires mais cette violence existe depuis longtemps et se manifeste au quotidien par un taux de délinquance très élevé en Guadeloupe (selon les statistiques 2008 de l’observatoire national de la délinquance, la Guadeloupe occupe le 4ème rang en matière d’« atteintes volontaires à l’intégrité physique », le 1er rang étant détenu par la Seine Saint-Denis) et surtout dans les conduites auto-destructrices : alcool, drogue, suicide, etc. Ce n’est pas le LKP qui a déclenché la vague de violence qu’on a connu à la mi-février, au contraire le LKP avait ouvert des perspectives pour cette jeunesse qui n’en avait aucune. C’est l’absence de volonté pour répondre aux espoirs soulevés et le sentiment d’injustice qui ont conduit à l’explosion de violence qu’on a connue.


3° Pour Nicolas Sarkozy, le LKP est un mouvement anti-démocratique

« Je n’accepterai pas que, sur le territoire de la République, l’on entrave le fonctionnement démocratique de nos institutions, en empêchant vos élus locaux de se réunir (...) », quand précisément l’occupation bonne enfant du conseil général visait à replacer le citoyen au cœur de l’appareil démocratique en rappelant aux élus leurs engagements et leurs promesses. Pour Nicolas Sarkozy, « Il n’y a pas deux sources de légitimité dans une démocratie, il n’y en a qu’une : celle de l’élection. Nos institutions, vos institutions, permettent le débat et permettent de faire des choix démocratiques. »

Pourtant je crois me souvenir que ce monsieur a précisément été élu sur la question du pouvoir d’achat. Alors certes, charité bien ordonnée commençant par soi même, Nicolas Sarkozy a lui-même augmenté son salaire non pas de 140%, comme on l’a cru dans un premier temps mais de 206%(2) ! Certes, grâce à son bouclier fiscal, les nantis ont vu eux-aussi leur pouvoir d’achat augmenter considérablement ; mesure sur laquelle le président a exclu de revenir alors que la crise frappe la France de plein fouet et qu’il préfère sacrifier chaque année des milliers de postes dans l’éducation nationale pour ne citer que cet exemple.

N’est-ce pas détourner la démocratie (étymologiquement "le pouvoir au peuple") que de trahir ses promesses électorales pour faire exclusivement le jeu des intérêts d’une minorité déjà très privilégiée ? En tentant de lutter contre la vie chère, n’est-ce pas le programme pour lesquels les Français ont voté et que Sarkozy s’est refusé d’appliquer une fois le suffrage des urnes obtenu, que le LKP a porté haut et fort ? D’ailleurs, lorsque les urnes ont décidé sans appel du rejet du traité européen, Nicolas Sarkozy, toujours lui, ne s’est-il pas assis sur la volonté démocratique qui venait de se prononcer pour faire adopter un texte à peine retouché (comme le dénoncera ce vieux gauchiste de Valéry Giscard d’Estaing), par voie parlementaire ? Ce même Nicolas Sarkozy est-il donc vraiment bien placé pour venir ensuite donner des leçons de respect de la démocratie aux Guadeloupéens ? Quand qui plus est, sa simple personne requiert où qu’il aille la présence de centaines et de centaines de policiers pour se prévaloir du mécontentement populaire, il est difficile de ne pas sourire lorsqu’ensuite il vient nous faire de grandiloquents discours sur la légitimité...

Plus grave, Sarkozy dit constater que les grèves toujours en cours en Guadeloupe « se poursuivent avec leurs lots de défilés, d’occupations et d’invectives entre Guadeloupéens », [qu’elles] « sont souvent entretenues de façon artificielle ». Il considère qu’en l’occurrence, elles sont utilisées comme « instrument de propagande et de déstabilisation politique » et que quoique le « droit de grève est un outil de revendication normal », il n’est « pas prêt à accepter l’inacceptable ». Des menaces à peine voilées alors qu’on sait à quel point les raisons de faire grève demeurent importantes, à commencer par l’amputation de l’accord Bino par son gouvernement qui va priver dans 3 ans 30 000 salariés sur 70 000 bas-salaires des 200 euros durement acquis !

Mais Nicolas a décrété que ces grèves sont illégitimes puisqu’un « large travail de consultation démocratique a été engagé en accord avec vos élus, (...), [puisque] des accords ont été conclus, que des mesures importantes ont été prises et qu’un processus de travail collectif a été engagé. » Voilà encore une confirmation, si besoin était, que les états généraux n’ont jamais été qu’un écran de fumée pour esquiver les vraies demandes formulées par la population.

Cette remise en cause des grèves en Guadeloupe par un président qui non seulement se permet de juger de leur bienfondé sans même avoir pris le temps de rencontrer les salariés mais qui clame haut et fort qu’il ne les acceptera pas, fait là encore peser une menace sur nos libertés fondamentales. Il faut surtout le comprendre comme un avertissement si le LKP était tenté de relancer un mouvement de grève en septembre, considérant que l’Etat, les élus et les patrons ont failli en ne tenant pas leurs engagements vis-à-vis des Guadeloupéens.


4° Pour Nicolas Sarkozy, le LKP est un mouvement fermé sur lui-même

« A force de rendre l’ « Autre » toujours responsable de tous les maux, la méfiance et le ressentiment se sont installés un peu partout. Cet « Autre » si commode à désigner comme bouc-émissaire: le voisin, le patron, le Français de l’Hexagone, l’élu, le représentant de l’Etat, l’immigré... » Ecouter Nicolas Sarkozy, qui a créé le ministère de l’intégration et de l’identité nationale, dénoncer le fait que l’immigré soit un bouc-émissaire, à côté qui plus est de Brice Hortefeux qui a fait le voyage avec lui, ne manque vraiment pas de sel ! Surtout quand on sait qu’à plusieurs reprises, le LKP, lui, a manifesté son soutien envers les immigrés haïtiens en particulier et leurs voisins de la Caraïbe en général. Je me souviens de cette minute de silence observée par les 48 membres du LKP en hommage à un jeune travailleur haïtien sans papier tué dans un accident du travail sur une bananeraie de la Basse-Terre, un moment fort. Je me souviens de cette rencontre de Lyannaj avec les ressortissants haïtiens organisée par Travayé è peyizan, importante organisation membre du LKP.


Nicolas Sarkozy qui n’a par ailleurs de cesse de jouer sur les divisions des Français et de monter une catégorie contre l’autre, désignant par exemple les régimes spéciaux, ou encore les fonctionnaires comme source des problèmes de la nation n’est évidemment guère crédible lorsqu’il dit condamner la division et le rejet de l’Autre. Néanmoins, contrairement aux points précédents, celui-là n’est pas tout à fait dénué de fondements puisqu’une partie de la population qui a appuyé le LKP n’a pas fait le travail sur soi qui s’imposait. On le voit par exemple, chez des gens qui sitôt Carrefour réouvert se sont précipités dans les rayons du plus gros profiteur des Antilles. On le voit également chez certains qui ce sont arrêtés à la superficie du discours du LKP et n’ont pas pris conscience que c’était un système qu’il s’agissait d’abattre et non telle ou telle catégorie de personne qui était en cause.


Il faut donc poursuivre le vaste travail de conscientisation commencé par le LKP pour que l’idée noble, ouverte et généreuse qui nous a animés pendant les 44 jours ne deviennent pas ce que Sarkozy dénonce : un repli sur soi. Rappelons au passage que l’acte fondateur du LKP a été précisément de réunir au-delà des différences et des divergences des groupes aussi distincts que Nonm, mouvement indépendantiste très radical, en passant par la CGTG ou les Verts, les groupes carnavalesques jusqu’à la CFTC !!! C’est cette ouverture et cette acceptation des différences que le mouvement social dans l’hexagone nous envie énormément et qui a fait la force du LKP, ne l’oublions pas.



5° Concernant le langage

On a beaucoup glosé pendant les 44 jours sur le "yo " de « la Gwadloup sé pa ta yo », forme impersonnelle pour désigner l’adversaire (la guadeloupe n’est pas à "eux") ; il y aurait toute une analyse à faire de la façon dont à son tour Sarkozy désigne le LKP : "on", "eux", "ceux", etc.


D’autre part, toujours sur le langage, l’usage abusif de la première personne du singulier chez Sarkozy, notamment lorsqu’il martèle à plusieurs reprises : « je n’accepterai pas que... » participe de l’hyperpersonnalisation de la politique et surtout du conflit ce à quoi Sarkozy est hélas coutumier. Cela semble flatter son égo que de montrer des velléités d’en découdre personnellement, allant quelque fois jusqu’à s’oublier comme lorsque, bien à l’abri derrière ces gardes du corps, il répondait sur le même ton à un marin-pêcheur de Guilvenec qui venait de l’insulter : "C'est toi qui a dit ça ? Ben descends un peu le dire ! Descends si t'as ..." Enfin, on a le président qu’on mérite...

(A suivre)


FRédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)


(1) http://www.caribcreole1.com

(2) A ce sujet lire : http://www.pour-politis.org/spip.php?article402


samedi 4 juillet 2009

Décryptage


Discours de Sarkozy en Guadeloupe


Chien Créole a entrepris de décrypter pour vous le discours prononcé par Nicolas Sarkozy en Guadeloupe, le vendredi 26 juin (1). Dans une première partie (ci-dessous), nous verrons comment le chef de l’Etat justifie sa gestion de la crise, et sa position vis-à-vis des problèmes soulevés par le LKP. Dans une deuxième partie, nous analyserons la portée des attaques qu’il a lancées contre le LKP sans jamais le citer. Enfin, dans une troisième et dernière partie, nous pèserons le pour et le contre des propositions concrètes émises par Nicolas Sarkozy (prochainement ci-dessus).


FG


PS : Merci à tous pour vos nombreux messages de soutien suite à mon arrestation de vendredi. Merci aussi à tous les sites qui ont relayé cette information.


(1) Retrouvez l'intégralité du discours de N. Sarkozy sur ce site : http://www.jarrycafe.com/


Analyse critique du discours de N. Sarkozy le 26 juin en Guadeloupe


1ère partie : NICOLAS SARKOZY SE POSITIONNE



1° Justifications


a) Son intérêt pour la Guadeloupe

Nicolas Sarkozy n’a pas assez de mots pour dire son attachement pour « cette terre de Guadeloupe avec laquelle [il a] tissé au fil du temps un lien particulier ». C’est ainsi qu’il inaugure son discours : « Durant ces dernières années, je suis venu à plusieurs reprises à votre rencontre : comme Ministre de l’Intérieur, comme candidat à l’élection présidentielle et, aujourd’hui, comme Chef de l’Etat.

On peut, sans doute, me trouver beaucoup de défauts, mais on ne peut pas me reprocher l’inconstance. Mon attachement à la Guadeloupe et aux Guadeloupéens a toujours été fort, viscéral, comme l’est votre attachement à l’égard de notre République. Vous m’avez toujours accueilli avec chaleur et amitié (…) »


Tag de bienvenue à Baie-Mahault (photo FG)

Si Nicolas Sarkozy n’a pas le défaut de l’inconstance, on ne peut pas non plus lui reprocher d’être rancunier ! Il a déjà oublié qu’en 2005, il était persona non grata en Guadeloupe et que, devant l’hostilité affichée des Antillais, il avait du annuler son voyage officiel, prévu en décembre de cette année-là. Sa "loi du 23 février 2005", dont l’article IV prétendait faire état dans les manuels scolaires du rôle positif de la colonisation française, avait ici soulevé l’indignation générale.


Ni inconstant, ni rancunier, Nicolas n’est pas pingre non plus : la preuve, à l’occasion de sa visite éclair de 7 heures sur le sol antillais, il a invité un bon millier de gendarmes mobiles en renfort de ceux déjà présents, afin qu’eux aussi profitent de cette chaleur et de cette amitié que lui ont toujours réservé les Guadeloupéens. Ah Nicolas, ta générosité te perdra ! Bien sûr, comme à chaque fois, son accueil aura été d’autant meilleur que l’impressionnant déploiement des forces de l’ordre garantira que seuls des militants UMP triés sur le volet pourront approcher le chef de l’Etat et l’applaudir à tout rompre. Surtout pas de fausse note, le show doit se dérouler sans anicroche ; le préfet sait à quoi s’attendre au moindre souci...


Pas un mot par contre pour expliquer son léger retard : le 19 février, dans une allocution télévisée, il prétendait venir inaugurer les états généraux en Guadeloupe pour la fin avril... Il lui aura finalement fallu trois mois de plus pour se décider, mais bon, l’important c’est qu’il soit là, n’est-ce pas (1)?


b) Sa gestion de la crise

Deux phrases lui suffiront pour expliquer sa gestion de la crise, qui a tant fait polémique : « Beaucoup des décisions qui ont été prises l’ont été dans le but d’assurer, en priorité, la sécurité des personnes et des biens. Tout n’a pas été parfait, je le sais, mais nous avons évité le pire, même si je n’oublie pas qu’un homme est mort en Guadeloupe. » Un satisfecit global donc que s’accorde le chef de l’Etat. Il parle des nombreuses décisions prises. N’est-ce pas plutôt le manque de décisions sérieuses pour résoudre pacifiquement ce conflit, les voltefaces répétées et incompréhensibles de l’Etat et la volonté délibérée de laisser pourrir la situation, maintes fois dénoncée dans Chien Créole notamment, qui ont caractérisé sa gestion de la crise ?


Un peu plus loin, il ajoute : « je suis convaincu que seul le dialogue, seul un travail approfondi en commun peuvent apporter des solutions durables. Aucune solution ne peut naître du désordre et de la violence. » S’il croit tant que ça aux valeurs du dialogue, lui si prompt d’ordinaire à s’exprimer sur tous les sujets, à se rendre partout dès qu’il y a le moindre problème, pourquoi diable avoir précisément attendu qu’il y ait mort d’homme, que la Guadeloupe soit à feu et à sang pour sortir de son mutisme ? Le LKP pendant un mois de manifestations pacifiques et chaque fois plus nombreuses n’avait-t’il pas démontré sa volonté d’entamer un dialogue sérieux sur une base de propositions constructives traduites dans une plateforme de revendications ?


Enfin, s’il ne croit pas en la violence, pourquoi l’Etat l’a-t-il initiée sur l’archipel par la brutale répression policière au barrage de Poucette contre des manifestants pacifiques et désarmés ?



2° Reconnaissance des problèmes préexistants au soulèvement du LKP


a) Pas de sens?

Nicolas Sarkozy énumère un certains nombres de problèmes révélés au grand jour par le LKP, sans même citer ses sources. Surprenant de la part d’un homme si profondément attaché au droit d’auteur (cf loi hadopi) ! Il cite pêle-mêle : « la transparence des prix, le pouvoir d’achat, la répartition des richesses mais aussi l’accès des Guadeloupéens aux responsabilités dans l’entreprise et la Haute administration. »


Il égrène quelques statistiques révélatrices : « Qui peut comprendre que malgré ses centaines de kilomètres de côtes, 50% du poisson consommé aux Antilles soit importé d’Amérique du Sud ou d’Asie ? Qui peut comprendre que les Antilles ne produisent que 24% de leur consommation de fruits? Tout ceci n’a pas de sens. » Ça n’a certainement pas de sens pour le consommateur lambda mais ça en a beaucoup pour ses amis politiques, les importateurs békés, responsables de cette situation. Nous y reviendrons dans la 3ème partie.


b) Le passé colonial

Et puis, parlant du passé colonial de la France et pour ajouter aussitôt que celle-ci a changé, il dira simplement : « Je ne nie nullement les souffrances passées et les erreurs qui ont pu être commises. » Le massacre de mai 67, officiellement 87 morts, évoqué au cours de ces états généraux, très largement mis en lumière par le LKP, ne sera à aucun moment abordé dans son discours, sauf à comprendre qu’il se résume pour Sarkozy à « une erreur » ?.. Les Guadeloupéens, toutes tendances politiques confondues, attendent toujours que l’Etat français présente des excuses pour ce carnage qui empoisonne les relations entre la métropole et son département d’Outre-mer (à ce sujet, relire : http://chien-creole.blogspot.com/2009/05/parallele-historique.html) .


Mais pouvait-on sérieusement espérer une "rupture" sur cette question de la part d’un Nicolas Sarkozy qui déclarait encore le 7 avril 2007, à Lyon : « je déteste cette mode de la repentance qui exprime la détestation de la France et de son Histoire. Je déteste la repentance qui veut nous interdire d’être fiers de notre pays. » ? (2) (c’est sans doute toujours au nom de cette détestation qu’il n’a pas jugé opportun non plus d’assister aux commémorations de l’abolition de l’esclavage le 10 mai...)


Le 26 juin, ayant déjoué la vigilance des gendarmes, sur un parterre de pelouse longeant une voie d’accès à l’aéroport, des dizaines de petits écriteaux, pour autant de victimes de la féroce répression, interrogeaient discrètement : « Guadeloupéen tombé en mai 67, qui es-tu, où es-tu ? ».


(photo Adenanthera)


(à suivre)

FRédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)


(1) D'autant que je ne suis pas mécontent que mon analyse se soit révélée juste. Les lecteurs assidus se souviendront que j'avais parié une bouteille d'excellent rhum vieux avec un ami qu'il viendrait.

(2) Retrouver l'intégralité du discours de N. Sarkozy à Lyon sur le site de l'UMP : http://www.u-m-p.org/site/index.php/s_informer/discours/nicolas_sarkozy_a_lyon


mardi 30 juin 2009

Le scandale de l'isolant inflammable


LE SCOOP DE CHIEN CREOLE REPRIS UNE SEMAINE PLUS TARD PAR RFO

Le 24 juin, Chien Créole vous révélait en exclusivité l'arrestation de trois responsables de haut niveau travaillant sur le chantier de l'hôpital de Capesterre Belle-Eau. Ils ont été mis en examen notamment pour mise en danger de la vie d'autrui et placés sous contrôle judiciaire (http://chien-creole.blogspot.com/2009/06/exclusivite-chien-creole.html).

A son tour, le 19h30, journal télévisé de RFO, du 29 juin, faisait ses gros titres sur cette information (aller sur http://guadeloupe.rfo.fr/ puis en haut à droite, dans la rubrique VIDEO, sélectionner GUADELOUPE au dessous de LE JOURNAL DE L'OUTRE-MER et ceci fait, cliquez justement sur LE JOURNAL DE L'OUTRE-MER. Il ne vous reste plus qu'à sélectionner l'édition du 29 juin.)

On se demande combien de temps il faudra encore à France Antilles, le seul quotidien de Guadeloupe, pour évoquer cet énorme scandale...

FG

merci encore à JF