dimanche 1 mars 2009

RFO ( 1 )


RFO : MAM PROMET DES POURSUITES JUDICIAIRES CONTRE LES MEMBRES DU LKP


1° Une émission avortée depuis Paris

Jeudi 26 février 2009, une importante délégation du LKP s’est rendue à RFO pour demander s’il était possible d’obtenir un temps d’antenne pour une émission en direct. Il s’agit pour le LKP de pouvoir exprimer le sens de la lutte sociale en cours, faire le point sur les avancées des négociations, etc. Tout cela dans un contexte bien particulier puisque la chaîne est en grève depuis le 2 février et que le journal télévisé de 19h00, grand messe équivalent au 20h00 de l’hexagone, n’est plus assuré dans le cadre du service minimum depuis une semaine (dans un article à venir, Chien Créole vous expliquera les raisons du conflit à RFO et ce qui a entraîné l’arrêt du journal de 19h00). Cette émission ne s’est finalement pas faite car Paris a opposé son véto à cette initiative et a coupé le faisceau satellite qui permet de diffuser RFO sur Canal Sat.


L'ambiance feutrée des couloirs de RFO Guadeloupe (photo FG)


La ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie a estimé selon l’agence AP, que "Cette pression à l'égard des salariés de RFO, est une forme d'intimidation totalement inacceptable" et qu’elle engagerait des poursuites judiciaires. Dans le même temps Victorin Lurel, président du conseil général s’étranglait à Paris en considérant que « c’est choquant » et « que ça ne relève pas des méthodes démocratiques. »


2° Il y a bien eu intimidation

Chien Créole a pu rencontrer beaucoup de personnel de RFO présent sur le site, aucun n’a parlé de pression exercée à l’encontre de qui que ce soit, au contraire. En fait, le seul acte d’intimidation ce jour-là a été commis à l’encontre de votre serviteur, l’auteur de ces lignes. J’ai en effet eu l’audace de prendre en photos trois gendarmes qui pénétraient dans l’enceinte de RFO, télévision publique financée par ma redevance.


3 gendarmes pénètrent dans l'enceinte de RFO (photo FG)


Un des gendarmes, payé grâce à mes impôts à qui cela a déplu a tenté d’arracher mon appareil-photo, puis, n’y parvenant pas, m’a attrapé en tirant mon sac-à-dos. C’est un bon ami, Christian, qui m’a dégagé et c’en est resté là. Il y a une vingtaine de témoins de ce que j’affirme et qui n’a finalement eu aucune conséquence mais illustre bien de quel côté peut se situer l’intimidation.

Une seconde après ce cliché, ce gendarme essayait d'arracher brutalement mon appareil (photo FG)


3° Une télé publique au service des Guadeloupéens ?

La déléguée du CE, Michèle Philémon pour sa part, estime que le LKP, constitué de partis, d’associations culturelles, de syndicats, est l’expression de la société civile guadeloupéenne et trouve donc normal que les Guadeloupéens veuillent s’exprimer dans leur télé puisqu’il s’agit d’une télé publique. Une meilleure visibilité des Guadeloupéens à l’antenne est d’ailleurs une des revendications des grévistes.


4° Une question déontologique

Même Jean-Philippe Pascal, directeur régional de RFO Guadeloupe, interrogé par Chien Créole, reconnaît que si le fait d’arriver à 200, en soi, peut être pris comme une intimidation, il n’y a eu aucune agressivité : « Quand ils étaient dans la station, il n’y a eu ni agressivité, ni insulte ou menace vis-à-vis du personnel ou de moi-même, en tout cas c’est comme ça que je l’ai vécu. J’ai prévenu la préfecture du fait qu’un grand nombre de personnes arrivaient ici mais à aucun moment je ne me suis senti agressé. Je n’ai d’ailleurs pas demandé l’intervention des forces de l’ordre.

Interview de Jean-Philippe Pascal, à gauche, directeur régional de RFO (photo Stéphane Renaert)


Quand les membres du LKP sont arrivés jeudi matin vers onze heures, nous avons eu une discussion dans le hall puis j’ai reçu une délégation d’une cinquantaine de personnes dans mon bureau en présence de mon comité de direction. Je leur ai dit être d’accord sur l’idée de l’émission pour qu’ils puissent s’exprimer mais j’ai tout de même posé une condition : celle du respect du pluralisme et de l’équité par souci de déontologie. Je leur ai proposé un débat contradictoire en présence du préfet et du MEDEF mais ils n’ont pas souhaité débattre en présence du MEDEF. On a quand même pu parvenir à un compromis, Le syndicat patronal et le préfet pourraient s’exprimer grâce à des interventions enregistrées. L’émission était prévue de 19h00 à 21h00 le jeudi soir. Entre temps, la direction nationale s’y est opposée et j’ai eu la tâche difficile de le leur annoncer à 18h00.


Membres de la délégation du LKP et employés grévistes (photo FG)


Nous restons ouvert à toute proposition de débat contradictoire qui respecterait les différentes parties de ce conflit. »


5° La population mérite ce débat

Interrogé par Chien Créole, Alex Lollia, secrétaire général du syndicat CTU et à la tête de la délégation qui a rencontré Jean-Philippe Pascal, a expliqué ce refus de négocier avec le MEDEF. En effet ce jour-là, le MEDEF ne s’est pas présenté à la table des négociations prétextant des problèmes de sécurité. Comment dans ces conditions accepter de négocier avec quelqu’un qui cherche tous les prétextes pour ne pas arriver à une solution satisfaisante et fait traîner les choses autant que possible depuis le début du conflit ? Cependant aujourd’hui Alex Lollia va plus loin : pour reconnaître le MEDEF comme interlocuteur dans un débat télévisé, il doit se rasseoir à la table des négociations et signer l’accord Jacques Bino sur l’augmentation des bas salaires. Si on pouvait comprendre le refus de négocier avec le MEDEF tant qu’il ne reviendrait pas à la table des négociations, et si l’exigence de parvenir a un accord signé est tout à fait respectable, la position irréductible de ne pas débattre avec Willy Angèle, son représentant, alors même qu’il aurait repris les négociations à la capitainerie, est certainement une erreur politique. C’est précisément parce qu’il y a désaccord qu’il est important de débattre devant les citoyens qu’on a privé de négociations diffusées en direct. Les Guadeloupéens doivent pouvoir se faire leur propre opinion, dans ce désert informatif qu’est devenu le paysage médiatique guadeloupéen, surtout que la question de la suspension de la grève sera posée ce soir en assemblée générale par le LKP à la population, devant le Palais de la Mutualité.

Frédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)