mardi 23 juin 2009

Chantiers Audebert


UNE ACTION DU LKP


Hier après-midi, nous avons eu petit aperçu du dispositif répressif mis en place en Guadeloupe. En effet, quelques deux cents personnes s’étaient rassemblées à l’appel du LKP dans la zone industrielle de Jarry, pour apporter un soutien aux grévistes de l’entreprise Chantiers Audebert. Ils sont en grève depuis le 21 avril, soit plus de 60 jours. Cette société est spécialisée dans la vente de matériaux de construction. Alors que la loi l’y oblige (1), Chantiers Audebert n’a jamais organisé d’élections de délégués du personnel depuis sa création, en 1904 ! Une salariée m’a précisé que pour la seule période allant de juillet 2008 à avril 2009, les syndicalistes de l’UGTG ont envoyé cinq courriers en recommandé demandant au directeur général, Derrick Audebert, une réunion pour mettre en place ces fameuses élections. Il n’a jamais daigné répondre. Ce monsieur n'est pourtant pas sensé méconnaître le droit du travail puisqu’entre autres responsabilités, il a exercé celle de président des Assedic Guadeloupe. Il est aussi membre du conseil d’administration de la CCI et est un membre éminent du MEDEF local. Il donne l’impression de quelqu’un qui, de par sa position et ses relations, se sent au-dessus des lois... Les grévistes eux affirment garder le moral : « nous ne demandons que l’application du droit. Nous savons que nous avons raison. » Leurs autres revendications portent bien sûr sur l’accord Bino mais aussi sur les conditions d’hygiène et de sécurité des personnels, ou sur la demande de tickets restaurants, de titres de transport.


Piquet de grève devant Chantier Audebert (photo FG)

Au lieu d’accepter de négocier comme l’y enjoignait le LKP, Derrick Audebert a préféré l’esquive. Ce matin, l’entreprise n’a pas ouvert ses portes, par contre une quinzaine de types patibulaires, avec un brassard rouge, se sont positionnés devant la porte principale. Quand j’ai demandé aux manifestants présents qui ils étaient, tous m’ont répondu qu’il s’agissait d’une milice. Ce sont en fait les vigiles d’une société de gardiennage qui n’emploie que des repris de justice (là encore au mépris de la loi) et que le patronat n’hésite pas à grassement payer lorsqu’il s’agit de défendre ses intérêts, au besoin très violemment. Plus tard, lorsque les manifestants ont placé une barricade sur la route, en réalité une voie secondaire, les gendarmes mobiles sont aussitôt intervenus et les ont obligés à l’ôter en menaçant de faire usage de la violence. Le LKP a obtempèré et a déblayé la route devant un nombre conséquent de gendarmes carapacés comme des tortues ninja.


Déploiement de mamblos dans la rue de Chantiers Audebert (photo FG)


L’hélicoptère de la gendarmerie quant à lui, survolait la scène, nous renvoyant quelques mois plus tôt, en plein pendant les 44 jours, quand ses circonvolutions étaient inséparables de nos mouvements. Nostalgie, quand tu nous tiens !


Frédéric Gircour (trikess2002@yahoo.fr)


(1) l’article L.421-1 du code du travail stipule que l’élection de délégués du personnel est obligatoire dans les établissements comportant au moins onze salariés. L’article L.428-1 renchérit : « tout organisme de droit privé occupant au moins onze salariés est donc soumis à l’obligation d’organiser les élections des délégués du personnel. (…) »